Le Bénin veut réduire les inégalités entre filles et garçons dans l’enseignement technique et professionnel. Réuni le 2 septembre 2026 sous la présidence de Romuald Wadagni, le Conseil des ministres a décidé de rendre gratuite l’inscription des filles dans les filières techniques du secondaire public. La mesure doit lever une partie des obstacles financiers et surtout encourager les jeunes Béninoises à s’orienter vers des formations encore largement dominées par les garçons.
En 2022, elles ne représentaient que 31 % des effectifs de l’enseignement technique. Cette politique intervient alors que le pays développe son dispositif de formation professionnelle pour mieux adapter les compétences des jeunes aux besoins du marché du travail.
Le gouvernement supprime les frais d’inscription pour les filles
À partir de la rentrée 2026-2027, les filles qui choisissent les filières techniques dans les établissements publics du secondaire bénéficieront de la gratuité de l’inscription.
Le gouvernement veut ainsi accroître leur présence dans ces formations et réduire progressivement les écarts avec les garçons. Cette décision complète les mesures déjà engagées pour améliorer l’accès des filles à l’éducation et aux filières industrielles.
L’enjeu dépasse toutefois la seule question du coût des études. Les autorités cherchent également à modifier les choix d’orientation. Les métiers techniques restent encore souvent associés aux garçons, tandis que les filles se dirigent davantage vers d’autres spécialités.
Cette répartition limite leur présence dans des secteurs qui occupent pourtant une place croissante dans l’économie. Le numérique, l’industrie, les énergies renouvelables, l’agro-industrie ou encore les métiers liés aux nouvelles technologies nécessitent une main-d’œuvre de plus en plus qualifiée.
Le Bénin veut justement développer plusieurs de ces domaines dans son offre de formation.
Les filles ne représentent que 31 % des effectifs
Les statistiques expliquent la nouvelle intervention des pouvoirs publics. En 2022, les filles représentaient seulement 31 % des apprenants inscrits dans l’enseignement technique au Bénin.
L’indice de parité entre filles et garçons atteignait alors 0,46. Dans le second cycle du secondaire, le taux brut de scolarisation des filles s’établissait à 20,3 %, contre 26 % chez les garçons.
La sous-représentation féminine devient encore plus visible dans certaines spécialités. Les filières industrielles et scientifiques attirent traditionnellement moins de filles que les formations administratives, commerciales ou sociales.
Cette situation n’est pas nouvelle. Les données historiques sur l’enseignement technique béninois montrent depuis longtemps une forte concentration féminine dans certaines spécialités, alors que la mécanique, l’électrotechnique et plusieurs métiers industriels restent majoritairement masculins.
La gratuité doit donc agir comme un levier supplémentaire. Elle réduit directement la charge financière supportée par les familles, mais elle envoie aussi un signal aux élèves au moment de choisir leur orientation.
Le Bénin mise davantage sur l’enseignement professionnel
La mesure s’inscrit dans une réforme plus large de la formation technique et professionnelle. Le pays cherche depuis plusieurs années à rapprocher davantage l’enseignement des compétences recherchées par les entreprises.
La Stratégie nationale de l’Enseignement et de la Formation Techniques et Professionnels 2022-2026 a notamment placé l’employabilité des jeunes au cœur des priorités. Le Bénin a aussi bénéficié de financements de la Banque mondiale pour soutenir la formation professionnelle et l’entrepreneuriat.
Les effectifs témoignent déjà d’une progression. Le nombre d’élèves inscrits dans les établissements publics d’enseignement technique et professionnel est passé de 19 603 en 2016 à 30 599 en 2023, soit une hausse de plus de 56 %.
Le défi consiste désormais à accompagner cette croissance par des équipements adaptés, des enseignants qualifiés et des formations qui correspondent réellement aux transformations de l’économie.
Les autorités veulent notamment développer les compétences dans l’intelligence artificielle, la science des données, la cybersécurité, les énergies renouvelables et l’agro-industrie.
Des métiers techniques plus accessibles aux jeunes Béninoises
Le gouvernement avait déjà expérimenté des initiatives spécifiquement destinées aux adolescentes et aux jeunes femmes.
Dans le cadre du projet SWEDD-Bénin, 1 200 adolescentes et jeunes filles déscolarisées avaient par exemple bénéficié de formations professionnelles en 2022. Les spécialités proposées comprenaient l’installation et la maintenance de panneaux solaires, la peinture en bâtiment, la sérigraphie ou encore la réparation de téléphones portables.
Ces programmes montrent que l’ouverture des métiers techniques aux femmes ne passe pas uniquement par l’enseignement secondaire classique.
Les Centres de Formation Professionnelle et d’Apprentissage constituent également un autre point d’entrée. Pour l’année 2026-2027, ils proposent des formations dans des domaines aussi variés que la mécanique automobile, la construction métallique, l’informatique, la menuiserie ou encore les métiers de l’électricité.
L’enjeu sera désormais de convaincre davantage de filles de choisir ces spécialités, y compris celles où leur présence reste particulièrement faible.
La gratuité ne suffira pas à elle seule
La suppression des frais d’inscription constitue un levier important, mais elle ne règle pas tous les obstacles à l’entrée des filles dans les métiers techniques.
L’orientation scolaire, les représentations familiales et les stéréotypes associés à certains métiers peuvent également influencer les choix. Une jeune fille peut bénéficier d’une formation gratuite sans nécessairement envisager la mécanique, l’électricité ou l’industrie comme une possibilité professionnelle.
L’amélioration de la parité passe donc aussi par la sensibilisation, l’accompagnement des élèves et la valorisation de modèles féminins qui exercent déjà dans ces secteurs.
La qualité des établissements représentera un autre défi. Les acteurs de l’éducation béninoise ont récemment relevé plusieurs difficultés, dont l’insuffisance de certaines infrastructures, le coût élevé des équipements techniques et les besoins de maintenance.
L’augmentation des inscriptions devra ainsi s’accompagner de capacités d’accueil suffisantes pour éviter que l’élargissement de l’accès ne se fasse au détriment de la qualité des formations.
Former davantage de filles pour répondre aux besoins de l’économie
La décision prise pour la rentrée 2026-2027 poursuit finalement un double objectif. Elle cherche à améliorer l’égalité d’accès à l’éducation, mais aussi à élargir le vivier de compétences dont dispose le Bénin.
À mesure que le pays développe ses infrastructures, son industrie et son économie numérique, les besoins en techniciens et professionnels qualifiés devraient progresser. Maintenir les filles à l’écart d’une partie de ces métiers reviendrait à se priver d’une fraction importante de la future main-d’œuvre.
La gratuité des inscriptions peut contribuer à changer cette situation. Son efficacité se mesurera cependant sur plusieurs années, à travers la progression réelle des effectifs féminins, leur diversification vers les filières industrielles et scientifiques et surtout leur insertion professionnelle après la formation.
Avec seulement 31 % de filles dans l’enseignement technique en 2022, la marge de progression reste importante. La rentrée 2026-2027 doit désormais montrer si la suppression de la barrière financière peut commencer à modifier durablement cet équilibre.

