AccueilActualitésBurkina Faso : Ibrahim Traoré veut une bascule massive vers les sciences

Burkina Faso : Ibrahim Traoré veut une bascule massive vers les sciences

Le Burkina Faso veut réorienter son système éducatif vers les sciences et les technologies. Lors de la Journée de l’Excellence Scolaire organisée le 4 septembre à Ouagadougou, le capitaine Ibrahim Traoré a appelé les jeunes à privilégier les filières scientifiques, techniques et industrielles. Le président burkinabè juge préoccupante la domination des séries littéraires parmi les nouveaux bacheliers.

Sur environ 65 000 diplômés cette année, plus de la moitié sont issus des filières littéraires, contre seulement 571 candidats admis au bac C et 38 au bac E. Pour le chef de l’État, inverser cette tendance devient indispensable pour renforcer l’industrie, l’innovation et la souveraineté technologique du pays.

Plus de la moitié des bacheliers viennent des séries littéraires

Ibrahim Traoré a profité de la célébration des meilleurs élèves et enseignants du Burkina Faso pour défendre une profonde transformation de l’orientation scolaire. Son constat repose notamment sur la répartition des nouveaux bacheliers.

Sur environ 65 000 admis en 2026, plus de la moitié ont obtenu un baccalauréat littéraire. À l’opposé, le bac C, fortement axé sur les mathématiques et les sciences physiques, ne compte que 571 lauréats. Le bac E, orienté vers les mathématiques et les techniques industrielles, n’en compte que 38.

Pour le président, ce déséquilibre ne correspond pas aux ambitions de développement du Burkina Faso. Le pays cherche à accroître ses capacités industrielles et technologiques, ce qui nécessite davantage d’ingénieurs, de techniciens, de chercheurs et de spécialistes des sciences appliquées.

Ibrahim Traoré avait déjà exprimé cette préoccupation en août 2025. Il estimait alors que le nombre beaucoup plus élevé de bacheliers littéraires par rapport aux scientifiques constituait un « sérieux problème ».

« Science, science et science », insiste Ibrahim Traoré

Le message adressé aux jeunes lors de la Journée de l’Excellence Scolaire a été particulièrement clair. Le chef de l’État a résumé sa vision autour d’une priorité, celle des sciences.

Il souhaite voir les élèves burkinabè se diriger davantage vers les mathématiques, la physique, la chimie, les technologies et les formations techniques. Cette orientation doit permettre au pays de disposer progressivement des compétences nécessaires pour concevoir ses propres solutions plutôt que de dépendre systématiquement de technologies étrangères.

Le président n’appelle toutefois pas à la disparition des disciplines littéraires. Son discours porte avant tout sur le rééquilibrage des effectifs. Il estime que leur poids actuel est trop important au regard des besoins économiques et technologiques du Burkina Faso.

Cette stratégie repose sur une vision plus large de la souveraineté. Pour les autorités, l’indépendance politique doit s’accompagner d’une capacité à produire, transformer les matières premières, développer des technologies et former localement les compétences nécessaires.

L’Académie technologique du Faso illustre cette nouvelle priorité

Le gouvernement a déjà commencé à traduire cette orientation dans son dispositif de formation. L’un des projets les plus emblématiques est l’Académie technologique du Faso (ATF).

La première cohorte compte 250 apprenants sélectionnés après un concours qui a suscité plusieurs milliers de candidatures. L’établissement a été conçu pour former des profils de haut niveau dans des secteurs technologiques considérés comme stratégiques.

Cette initiative répond directement à la volonté de réduire la dépendance du Burkina Faso aux compétences étrangères. Le développement d’une industrie nationale nécessite en effet des spécialistes capables d’installer, d’exploiter, de réparer et, à terme, de concevoir les équipements.

L’objectif dépasse donc l’obtention de diplômes. Le gouvernement cherche à établir un lien beaucoup plus étroit entre les formations proposées et les besoins concrets de l’économie.

Cette logique concerne aussi l’enseignement technique. Pour Ibrahim Traoré, les métiers industriels et technologiques doivent retrouver une place centrale dans les choix d’orientation des jeunes.

Les filles doivent aussi prendre davantage le chemin des sciences

La transformation souhaitée concerne également la place des jeunes filles dans les filières scientifiques.

Les autorités veulent combattre l’idée selon laquelle certaines disciplines seraient principalement réservées aux garçons. Cette question devient particulièrement importante si le Burkina Faso souhaite augmenter rapidement son nombre de scientifiques et de techniciens.

Début septembre, plusieurs initiatives ont ainsi remis en avant l’objectif d’une présence féminine accrue dans les études scientifiques et technologiques. Le pouvoir veut favoriser l’émergence d’une nouvelle génération de chercheuses, d’ingénieures et de techniciennes.

La question de l’orientation commence cependant bien avant l’université. L’intérêt pour les mathématiques et les sciences doit être développé dès l’enseignement primaire et secondaire.

Le défi consiste également à améliorer les conditions d’apprentissage. Une politique favorable aux sciences nécessite des laboratoires, du matériel, des enseignants suffisamment nombreux et des programmes capables de relier les connaissances théoriques aux applications concrètes.

La recherche doit servir directement le développement du pays

La priorité accordée aux sciences n’est pas nouvelle dans le discours du président burkinabè. En octobre 2025, Ibrahim Traoré avait déjà appelé les chercheurs du pays à développer un « patriotisme scientifique » lors du Forum national de la recherche scientifique et des innovations technologiques.

Cette conception attribue à la recherche une fonction directement liée aux besoins nationaux. Les scientifiques sont notamment appelés à proposer des solutions dans l’agriculture, la santé, l’énergie, l’industrie ou encore les technologies.

Le gouvernement cherche ainsi à rapprocher trois niveaux qui restent parfois séparés : l’école, la recherche et la production économique.

La stratégie suppose d’abord de former davantage de jeunes dans les disciplines scientifiques. Ces compétences doivent ensuite alimenter les universités, les centres de recherche et les formations technologiques. Les innovations issues de ces structures doivent enfin pouvoir trouver des applications dans l’économie burkinabè.

C’est cette chaîne que les autorités veulent progressivement renforcer.

Le Burkina Faso veut former les compétences de sa souveraineté

La volonté de réorienter les jeunes vers les sciences traduit finalement une conception particulière du développement. Pour Ibrahim Traoré, un pays qui dépend entièrement de l’extérieur pour ses technologies, ses équipements et ses compétences techniques ne peut disposer d’une véritable autonomie.

Les chiffres du baccalauréat 2026 montrent toutefois l’ampleur du défi. Avec plus de la moitié des quelque 65 000 nouveaux bacheliers dans les séries littéraires, contre seulement quelques centaines dans certaines filières scientifiques et industrielles, la transformation ne pourra pas être immédiate.

Elle nécessitera une évolution de l’orientation scolaire, mais aussi des investissements dans les établissements, les enseignants, les laboratoires et les débouchés professionnels.

L’ouverture de l’Académie technologique du Faso constitue une première réponse. D’autres investissements seront nécessaires pour que les sciences occupent réellement la place souhaitée dans le système éducatif.

Le message adressé aux élèves lors de la Journée de l’Excellence Scolaire résume ainsi l’ambition du pouvoir burkinabè : faire des sciences, des technologies et des métiers techniques l’un des principaux moteurs de la transformation économique du pays.

Brice Gnanhoui
Brice Gnanhoui
Passionné par le journalisme, je suis constamment à la recherche de la vérité et de l'information précise. Mon amour pour le sport, la technologie et la politique me pousse à explorer ces domaines avec une curiosité insatiable et une volonté de partager des histoires qui comptent. Je crois fermement que chaque sujet a une histoire à raconter, et je m'efforce de la raconter de la manière la plus captivante et la plus précise possible. Que ce soit en analysant les dernières tendances technologiques, en couvrant les événements sportifs les plus récents ou en déchiffrant le paysage politique complexe, mon objectif est toujours de fournir une perspective équilibrée et une analyse approfondie
ARTICLES SIMILAIRES