La feuille de route du Premier ministre sénégalais sera dévoilée ce mardi 8 septembre devant une Assemblée nationale présidée par Ousmane Sonko. Entre dette, vie chère et rivalités au sommet de l’État, Ahmadou Al Aminou Lô joue déjà une partie de sa crédibilité.
La feuille de route du Premier ministre sous contrainte de la dette
Ahmadou Al Aminou Lô arrive devant les députés avec un dossier prioritaire : le redressement des finances publiques. Nommé le 25 mai en remplacement d’Ousmane Sonko, l’économiste doit expliquer comment son gouvernement compte traiter une dette dont l’ampleur a bouleversé les marges de manœuvre du Sénégal.
Dakar et le FMI ont conclu le 1er septembre un accord technique portant sur un programme de 2,2 milliards de dollars sur trois ans. En contrepartie, le Sénégal s’engage notamment à restaurer la soutenabilité de sa dette et à renforcer la transparence budgétaire.
L’enjeu est considérable. En intégrant les entreprises publiques et les arriérés, l’endettement atteignait environ 131 % du PIB fin 2024. Le pays doit désormais traiter cette dette tout en préservant son accès aux financements.
Le gouvernement a déjà annoncé plusieurs échéances. Une loi de finances rectificative doit intégrer les conséquences de l’accord avec le FMI. L’audit des arriérés intérieurs doit également permettre de commencer leur paiement avant fin 2026, avec une priorité accordée aux TPE, PME et PMI.
La vie chère empêche une cure d’austérité indolore
Le redressement budgétaire se heurte toutefois à une urgence beaucoup plus visible pour les Sénégalais : le coût de la vie.
Une manifestation contre la vie chère s’est tenue à Dakar quelques jours avant la déclaration de politique générale. Prix alimentaires, électricité, loyers et pouvoir d’achat alimentent une exaspération devenue suffisamment forte pour dominer la presse sénégalaise.
Bassirou Diomaye Faye a demandé au gouvernement de préserver le pouvoir d’achat, de mieux contrôler les prix des produits courants et de renforcer la régulation des loyers. Les bourses de sécurité familiale doivent également être payées au plus tard fin septembre.
L’équation est délicate. Réduire les déséquilibres budgétaires peut nécessiter de mieux cibler les subventions et de sélectionner davantage les dépenses publiques. Mais retirer trop rapidement certaines aides ferait supporter une partie du redressement aux ménages.
Ahmadou Al Aminou Lô devra donc montrer comment économiser sans provoquer un choc social. C’est probablement sur ce point que sa feuille de route sera la plus attendue.
Face à Sonko, l’exercice devient aussi politique
La déclaration de politique générale est normalement un exercice institutionnel. Celle-ci possède une dimension particulière.
Ahmadou Al Aminou Lô a remplacé Ousmane Sonko à la Primature après la rupture entre ce dernier et Bassirou Diomaye Faye. Sonko dirige désormais l’Assemblée nationale devant laquelle le nouveau Premier ministre doit présenter son programme.
Le chef du gouvernement se retrouvera donc face à une majorité parlementaire décrite comme hostile, alors que plusieurs sujets opposent désormais les anciens alliés, notamment le traitement de la dette et certaines orientations économiques.
Cette configuration transforme le discours en test politique.
Lô devra défendre les choix de Diomaye Faye sans donner l’impression que le redressement économique se construit uniquement contre l’héritage de Sonko. De son côté, l’Assemblée pourra utiliser les débats pour demander des comptes sur la restructuration, le coût de la vie, les entreprises publiques ou encore les contrats de l’État.
Le Premier ministre dispose déjà d’un calendrier. Chaque ministère doit identifier les réformes à lancer ou achever avant décembre, puis celles prévues entre 2027 et 2029. Les projets seront davantage sélectionnés en fonction des contraintes budgétaires.
Sa déclaration devra maintenant transformer ce calendrier administratif en cap politique compréhensible.
La feuille de route du Premier ministre sénégalais sera finalement jugée sur une question simple : le gouvernement peut-il remettre les finances publiques en ordre sans faire payer le redressement aux ménages ? Face à Ousmane Sonko et sous la pression de la rue, Ahmadou Al Aminou Lô devra convaincre à la fois les créanciers, les députés et les Sénégalais.
