mercredi, juillet 22, 2026
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Kenya : le phénomène des « goons » fait craindre une montée des violences politiques

À un peu plus d’un an des élections générales de 2027, les organisations de défense des droits humains tirent la sonnette d’alarme au Kenya. Elles dénoncent la multiplication des « goons », des groupes de jeunes recrutés et rémunérés par des responsables politiques pour intimider leurs adversaires, disperser des manifestations ou perturber des réunions publiques.

Des groupes armés recrutés au service des rivalités politiques

Selon plusieurs ONG, ces hommes de main sont devenus un rouage de la compétition politique kényane. Pour quelques centaines de shillings par jour, ils sont mobilisés afin de protéger certains responsables, d’empêcher des rassemblements de l’opposition ou de s’en prendre à des militants de la société civile.

« Nous assistons à la prolifération de ces bandes de voyous recrutées par des acteurs politiques pour porter atteinte aux droits d’autrui à des fins politiques », alerte Demas Kiprono, directeur exécutif de la Commission internationale des juristes au Kenya. L’organisation s’inquiète également de ce qu’elle considère comme une inaction des forces de l’ordre face à ce phénomène.

Une étude du cabinet de recherche Odipo Dev estime que les rémunérations varient entre 500 et 1 000 shillings kényans selon le niveau du responsable politique qui recrute ces groupes.

Plusieurs témoignages recueillis auprès d’anciens « goons » mettent en lumière les motivations économiques qui alimentent ce système. Issus pour la plupart des quartiers les plus défavorisés de Nairobi, beaucoup disent avoir rejoint ces réseaux faute d’emploi et de perspectives.

Pauvreté, impunité et héritage politique

Les défenseurs des droits humains dénoncent également de possibles complicités entre certains groupes armés et des membres des forces de sécurité. Lors de plusieurs manifestations antigouvernementales, des vidéos et des témoignages ont montré des hommes armés opérant à proximité de policiers, sans intervention apparente de ces derniers.

Le porte-parole de la police, Michael Muchiri, rejette ces accusations. Il affirme que le Service national de police est déterminé à empêcher l’installation d’une « culture des voyous » dans le pays et assure que les éventuels comportements individuels font l’objet d’enquêtes.

Pour les analystes, le phénomène s’inscrit dans une histoire politique plus ancienne. Dès les années 1990, des groupes de jeunesse avaient été mobilisés lors des campagnes électorales sous la présidence de Daniel arap Moi. Cette pratique aurait resurgi avec une nouvelle intensité ces dernières années, sur fond de tensions politiques, de manifestations contre le coût de la vie et de difficultés économiques.

Selon la Banque mondiale, près de 800 000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail kényan, alors que seulement 100 000 emplois sont créés dans le secteur formel. Ce déséquilibre nourrit le recrutement de jeunes sans perspectives, prêts à accepter ces missions en échange d’une rémunération.

Les organisations de défense des droits craignent que cette dynamique ne compromette le déroulement du prochain scrutin présidentiel. Elles appellent les autorités à lutter contre le recrutement de ces groupes et à garantir un environnement électoral apaisé afin de préserver la crédibilité du processus démocratique.

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