Le Vietnam a transformé son patrimoine en véritable outil de diplomatie culturelle. Le pays compte aujourd’hui neuf biens inscrits au patrimoine mondial et 17 éléments reconnus au titre du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Derrière ces classements se trouve une stratégie qui associe préparation des dossiers, présence dans les instances internationales et valorisation économique des reconnaissances obtenues.
Le Bénin possède lui aussi un patrimoine historique et culturel considérable, mais seulement trois biens figurent actuellement au patrimoine mondial. La méthode vietnamienne montre comment Cotonou pourrait davantage transformer cet héritage en instrument d’influence.
Le Vietnam ne se contente pas de déposer des dossiers à l’UNESCO
La réussite vietnamienne repose d’abord sur la continuité. Hanoï ne considère pas une inscription à l’UNESCO comme une opération diplomatique ponctuelle.
Le Vietnam siège actuellement au Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel pour la période 2022-2026. Il avait déjà occupé un siège entre 2006 et 2010. Le pays a également obtenu deux mandats au Comité du patrimoine mondial.
Cette présence lui permet d’accumuler une expertise diplomatique et technique. En juin 2026, une délégation conduite par le vice-ministre des Affaires étrangères Ngo Le Van s’est encore rendue à Paris pour participer aux travaux de l’UNESCO, promouvoir les dossiers vietnamiens et développer les coopérations.
Le patrimoine devient ainsi une politique extérieure à part entière.
Cette stratégie produit des résultats visibles. La vieille ville de Hoi An, la baie d’Ha Long, la cité impériale de Thang Long ou le complexe de Hué figurent parmi les neuf biens vietnamiens inscrits au patrimoine mondial. En 2025, l’ensemble de Yen Tu-Vinh Nghiem-Con Son, Kiep Bac a rejoint cette liste.
Une inscription devient ensuite un outil touristique et politique
La deuxième leçon vietnamienne concerne l’après-UNESCO. Obtenir un classement ne constitue pas la fin du travail.
Le Vietnam cherche à relier conservation, tourisme, éducation et développement local. Son ministère des Affaires étrangères présente explicitement la culture comme un moteur du développement durable et insiste sur la place des communautés dans la protection du patrimoine.
Cette approche évite de transformer l’UNESCO en simple collection de labels.
Un patrimoine reconnu internationalement peut renforcer l’image d’un pays, attirer des visiteurs et soutenir des activités économiques locales. Il devient aussi un récit diplomatique. À travers ses monuments, ses fêtes, ses chants ou ses savoir-faire, le Vietnam projette une identité culturelle identifiable à l’étranger.
La stratégie concerne d’ailleurs autant le patrimoine matériel que l’immatériel. Les 17 éléments vietnamiens reconnus comprennent notamment la danse Xòe du peuple Tai, les pratiques Then et le festival de la déesse Bà Chúa Xứ.
Autrement dit, Hanoï ne mise pas seulement sur ses monuments. Il transforme également ses traditions vivantes en instruments de visibilité internationale.
Le Bénin possède davantage de patrimoine que ne le montrent ses trois inscriptions
Le contraste avec le Bénin est intéressant. Le pays possède actuellement trois biens inscrits au patrimoine mondial : les Palais royaux d’Abomey, le Koutammakou partagé avec le Togo et le complexe W-Arly-Pendjari.
Pourtant, son potentiel dépasse largement cette liste.
Les sites marquants de la Route de l’Esclave, la vieille ville et le palais royal de Porto-Novo, le village souterrain d’Agongointo-Zoungoudo ou encore la basse vallée de l’Ouémé figurent sur la liste indicative béninoise. Le pays dispose également d’un patrimoine immatériel puissant autour des cultes vodun, des traditions royales, des arts, des danses et des savoir-faire.
Le défi consiste donc à transformer cette richesse en stratégie internationale cohérente.
Un point montre qu’une marge de progression existe. En 2025, le Comité du patrimoine mondial regrettait encore que le vaste projet UNESCO-Bénin de 4,85 millions de dollars, consacré à la sauvegarde et à la promotion du patrimoine culturel et historique, n’ait pas été officiellement approuvé par le Bénin malgré la prolongation de l’accord-cadre jusqu’en 2027.
La leçon vietnamienne tient précisément ici. La diplomatie culturelle ne consiste pas seulement à posséder un patrimoine remarquable. Elle demande une administration spécialisée, des dossiers préparés plusieurs années à l’avance, une présence régulière dans les instances de l’UNESCO et une stratégie pour exploiter chaque reconnaissance.
Le Bénin a déjà commencé à faire de sa culture un axe de tourisme et d’image internationale. L’étape suivante pourrait être de traiter l’UNESCO comme le Vietnam le fait depuis plusieurs décennies : non comme une vitrine où exposer son patrimoine, mais comme un véritable terrain diplomatique où construire son influence.
