Après plus d’un siècle loin de sa terre d’origine, le tambour sacré Djidji Ayôkwé s’apprête à regagner Abidjan. Officiellement restitué par la France le 20 février 2026, l’instrument emblématique a franchi une étape décisive avec un rituel traditionnel organisé le 23 février au musée du quai Branly, à Paris. Ce moment ne relève pas seulement de la diplomatie culturelle. Il marque la fin d’un long exil pour un symbole profondément ancré dans la mémoire des peuples ébrié et, au-delà, dans l’histoire nationale ivoirienne.
Un transfert juridique qui ouvre une nouvelle page
La remise formelle du tambour a été actée par la signature d’un document de transfert entre les ministres de la Culture des deux pays. Le Djidji Ayôkwé, confisqué en 1916 par l’administration coloniale puis transféré en France en 1929, était conservé depuis des décennies dans les collections publiques françaises.

Sa restitution s’inscrit dans un mouvement plus large de retour d’œuvres africaines entamé ces dernières années. Pour la Côte d’Ivoire, il s’agit du premier objet récupéré parmi les 148 biens officiellement réclamés. Ce retour est donc perçu comme un précédent important, à la fois symbolique et politique.
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Une autorisation spirituelle avant le voyage
Avant son départ, une cérémonie coutumière était indispensable. Des chefs traditionnels bidjans ont effectué le déplacement à Paris pour accomplir les rites nécessaires. Prières, libations et gestes symboliques ont été réalisés autour du tambour afin d’autoriser son déplacement et d’en assurer la protection.

Dans la conception traditionnelle, le Djidji Ayôkwé n’est pas un simple instrument musical. Il est considéré comme une entité vivante, investie d’une mission sociale et spirituelle. Autrefois, il servait à transmettre des messages majeurs, à mobiliser les communautés et à maintenir l’ordre social.
C’est précisément cette capacité à fédérer et à alerter qui aurait conduit à sa saisie par les autorités coloniales, alors qu’il appelait à la résistance face aux travaux forcés.
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Un retour attendu comme une réparation
Pour les responsables ivoiriens présents à Paris, le retour du tambour dépasse le cadre patrimonial. Il incarne une forme de réparation historique. Les autorités culturelles parlent d’un symbole retrouvé, d’une mémoire restaurée.
À Abidjan, une cérémonie nationale est prévue pour accueillir l’instrument. Il sera ensuite exposé au Musée des Civilisations, où il occupera une place centrale. Son installation devrait attirer l’attention bien au-delà des cercles académiques, tant sa portée identitaire est forte.
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Une mémoire qui reprend sa place
Pendant 110 ans, le Djidji Ayôkwé a été conservé loin de la lagune Ébrié, loin des communautés qui lui donnaient sens. Son retour ne se limite pas à un déplacement physique. Il représente la réactivation d’un lien culturel interrompu.

Dans le discours des autorités et des chefs traditionnels, une idée revient avec insistance : ce n’est pas seulement un objet qui rentre au pays, mais une part de l’histoire collective. En retrouvant sa terre d’origine, le tambour parleur retrouve aussi sa fonction première : être la voix d’un peuple.
