Le Bénin fait face à l’un de ses pires revers sécuritaires depuis plusieurs années. Dans la nuit du 4 au 5 mars 2026, un camp militaire situé près du village de Kofouno, dans la commune de Karimama à l’extrême nord du pays, a été la cible d’une attaque meurtrière menée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Quinze militaires ont perdu la vie et cinq autres ont été blessés, selon les autorités béninoises. L’assaut souligne à nouveau la vulnérabilité d’une région où la menace djihadiste s’enracine progressivement.
Une frappe planifiée et d’une grande violence
Selon le colonel James Johnson, porte-parole de l’armée, l’attaque visait une position stratégique tenue par les forces béninoises dans le département de l’Alibori, à proximité de la frontière avec le Niger. Les assaillants ont été interceptés dans leur fuite grâce à l’intervention de l’aviation militaire, qui a neutralisé au moins quatre combattants et détruit plusieurs de leurs véhicules.
« La zone reste sous contrôle de nos forces, mais cette attaque nous rappelle la dangerosité permanente de cette région », a déclaré le colonel Johnson. Le nord du Bénin, longtemps perçu comme un espace relativement épargné, est désormais considéré comme un foyer actif de violences transfrontalières.
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Opération Mirador : renforcer l’armée face à la menace
Pour faire face à cette escalade, le Bénin avait lancé en 2022 l’« Opération Mirador », une initiative militaire visant à sécuriser le nord du pays et à endiguer l’infiltration des groupes armés venus du Sahel. Initialement composée de 3 000 hommes, cette force a été renforcée par l’intégration de 5 000 soldats supplémentaires. L’objectif est clair : protéger les populations locales et maintenir la souveraineté nationale dans les zones frontalières vulnérables.
L’armée béninoise bénéficie également de l’appui international. Les États-Unis ont fourni véhicules blindés, équipements balistiques et systèmes de communication, tandis que l’Union européenne a alloué 47 millions d’euros pour soutenir la lutte anti-terroriste. Ces investissements ont permis un renforcement de la présence militaire, mais la vigilance reste de mise.
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Une région de plus en plus ciblée par les groupes djihadistes
La montée de la violence dans le nord du Bénin s’inscrit dans un contexte plus large. Les attaques se multiplient depuis 2021, attribuées principalement à des groupes liés à l’État islamique et à Al-Qaïda opérant dans les pays voisins. Le complexe forestier W-Arly-Pendjari, couvrant de vastes zones protégées, offre aux djihadistes un terrain propice pour se replier après leurs attaques, échappant ainsi aux offensives militaires.
En 2025, 54 soldats béninois ont été tués dans une attaque similaire, ce qui a fait de l’année l’une des plus meurtrières pour les forces armées du pays, selon l’ONG ACLED. Les analystes soulignent que la situation traduit une stratégie d’expansion des groupes djihadistes vers le Golfe de Guinée, le Bénin apparaissant désormais comme une cible de choix dans la région.
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Un défi sécuritaire qui perdure
La zone frontalière avec le Niger et le Burkina Faso reste instable, et l’attaque de Kofouno illustre les difficultés à contenir une menace mouvante, capable d’exploiter le terrain et les faiblesses structurelles. Pour les autorités béninoises, la combinaison d’une présence militaire renforcée et du soutien international est cruciale, mais la stabilité du nord du pays dépendra également de la capacité à anticiper et neutraliser les réseaux logistiques des groupes armés.
Alors que l’opération Mirador continue, le nord du Bénin demeure sous haute tension, et la récente attaque rappelle tragiquement que la sécurité nationale est toujours en première ligne face à la menace djihadiste.
