Pendant plus d’un demi-siècle, Afua Kesse-Amponsah affirme avoir porté un récit trop lourd à partager. À 54 ans, elle témoigne publiquement pour la première fois des violences qu’elle dit avoir subies durant son enfance et son adolescence, attribuées à son père, devenu par la suite pasteur reconnu. « J’ai réussi à trouver une voix, et cela n’a pas été facile. J’ai dû souffrir », confie-t-elle.
Une enfance marquée par la rupture et la violence
Née en 1971 d’une mère irlandaise et d’un père ghanéen, Afua Kesse-Amponsah raconte que son existence a basculé à l’âge de deux ans, lorsque son père a obtenu sa garde. Elle estime que cette décision aurait été motivée par des intérêts administratifs et sociaux, malgré, selon elle, une hostilité manifeste à l’égard des enfants.
Elle affirme que les violences ont commencé très tôt. L’un des déclencheurs aurait été son usage naturel de la main gauche. Son père aurait cherché à la contraindre à devenir droitière, considérant la gaucherie comme une faute à corriger.
« Il m’a frappée pour me forcer à changer. Pour lui, c’était un crime. Il a cassé ma main gauche pour me persuader d’utiliser la droite », déclare-t-elle.
Des blessures physiques lourdes et durables
Selon son témoignage, les sévices se seraient intensifiés avec le temps, entraînant de multiples fractures. Elle évoque des traumatismes crâniens ayant provoqué une perte de mémoire, ainsi que des fractures au visage, à la mâchoire, à la colonne vertébrale, au bassin et aux jambes.
Elle affirme également avoir été contrainte d’ingérer de l’aspirine en poudre mélangée à de l’eau après les coups, afin de réduire l’inflammation et masquer les blessures visibles. Cette pratique aurait provoqué des complications internes, dont des ulcères et des saignements persistants. Les séquelles physiques, selon elle, sont irréversibles et continuent d’affecter son quotidien.
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Un traumatisme psychologique à vie
Afua Kesse-Amponsah indique avoir été prise en charge à l’hôpital St Thomas’ pour un trouble de stress post-traumatique complexe (CPTSD), une pathologie associée aux traumatismes répétés sur une longue période.
« Je souffre de flashbacks. Je vis encore dans les années 70. Je n’ai pas de vie à moi », explique-t-elle. Elle décrit un état permanent d’hypervigilance et de reviviscence, caractéristiques des traumatismes prolongés.
Une plainte déposée, sans poursuites possibles
À l’âge adulte, elle a signalé les faits aux autorités britanniques en tant qu’allégations historiques de maltraitance infantile. Elle affirme avoir été informée qu’aucune procédure pénale ne pouvait être engagée en raison du décès de son père.
Les faits seraient néanmoins consignés. Elle dit avoir été orientée vers d’éventuelles actions contre les institutions qu’elle accuse d’avoir failli à leur devoir de protection : établissements scolaires, autorités locales et services publics.
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Une remise en question des normes culturelles sur la discipline
Au-delà de son histoire personnelle, Afua Kesse-Amponsah affirme vouloir interpeller les pratiques éducatives qu’elle juge violentes, notamment au sein de certaines communautés ghanéennes.
Elle critique l’usage de la violence physique comme outil disciplinaire et appelle à une évolution des mentalités.
« Un enfant est un être humain avec des droits. On peut discipliner sans frapper », soutient-elle. Son témoignage pose une question plus large : celle des limites entre discipline et maltraitance, et du rôle des institutions dans la protection des enfants vulnérables.
Entre reconnaissance et responsabilité institutionnelle
Aujourd’hui en situation de handicap sévère, Afua Kesse-Amponsah dit chercher avant tout la reconnaissance de ce qu’elle affirme avoir vécu. Elle estime que les mécanismes de protection censés encadrer son enfance n’ont pas fonctionné.
Son récit relance le débat sur la responsabilité des systèmes éducatifs et sociaux face aux violences domestiques, ainsi que sur la nécessité de renforcer les dispositifs de signalement et de protection.
Son silence a duré cinquante ans. Sa prise de parole ouvre désormais une réflexion collective sur la protection des enfants, la responsabilité institutionnelle et la place de la violence dans l’éducation contemporaine.
