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Dette du Sénégal : ce que l’accord avec le FMI ne règle pas

La dette du Sénégal reste au cœur des inquiétudes malgré l’accord technique conclu avec le FMI le 1er septembre. Le programme envisagé de 2,2 milliards de dollars pourrait restaurer une partie de la confiance, mais aucun financement n’a encore été décaissé et plusieurs inconnues demeurent.

Dette du Sénégal : 2,2 milliards de dollars encore conditionnels

Le Sénégal et les services du Fonds monétaire international se sont entendus sur les politiques qui pourraient soutenir un programme de 36 mois au titre de la Facilité élargie de crédit. L’enveloppe envisagée atteint environ 2,2 milliards de dollars, soit 1,537 milliard de DTS. Mais cet accord reste préliminaire.

Le conseil d’administration du FMI doit encore donner son feu vert. Dakar doit également prendre des mesures correctrices liées aux anciennes déclarations erronées sur les finances publiques et obtenir des assurances de financement de ses partenaires. Autrement dit, l’annonce du 1er septembre ne constitue ni un décaissement immédiat ni un effacement de dette.

Florent Kanga Gbongué résume cette nuance dans The Conversation Africa. Selon l’économiste, l’accord « change la manière de gérer la dette, pas encore son montant ». Il peut rétablir l’accès à des financements concessionnels et fournir un cadre pour négocier avec les créanciers.

Une dette publique qui dépasse toujours 130 % du PIB

La crise actuelle trouve notamment son origine dans la révision massive des comptes publics. Après la découverte d’engagements précédemment non déclarés, le FMI estimait la dette de l’administration centrale à 118,8 % du PIB fin 2024. Pour l’ensemble du secteur public, elle avoisinait 132 % du PIB.

Reuters évoquait début septembre plus de 11 milliards de dollars de dette auparavant mal déclarée. Cette révision a profondément modifié l’évaluation du risque souverain sénégalais et interrompu le précédent programme avec le FMI.

L’accord actuel doit donc résoudre une crise de confiance autant qu’un problème budgétaire. Le gouvernement prévoit de renforcer les recettes publiques, de rationaliser certaines dépenses et d’améliorer la gestion de la dette. Le FMI demande aussi davantage de transparence sur les arriérés et les entreprises publiques.

Les marchés régional et international divergent fortement

La réaction des investisseurs révèle toutefois une situation particulière. Sur le marché régional de l’UEMOA, le Sénégal continue de lever des fonds. Selon les données reprises par Florent Kanga Gbongué, le Trésor a ainsi mobilisé 101,3 milliards de francs CFA le 11 septembre, avec un rendement de 7,89 % sur cinq ans.

La perception est beaucoup plus sévère sur les marchés internationaux. S&P a abaissé début septembre la note souveraine en devises du Sénégal de CCC+ à CC. L’agence estime qu’un échange de dette sous contrainte ou un défaut sur certaines obligations commerciales extérieures est devenu extrêmement probable.

Cette différence nourrit ce que Kanga Gbongué appelle une « prime de périmètre ». Les banques de l’UEMOA bénéficient d’un traitement prudentiel spécifique pour les titres souverains régionaux, ce qui peut limiter les ventes forcées et amortir les tensions visibles sur les prix.

Le traitement de la dette reste la principale inconnue

Le point décisif concerne désormais les créanciers. Les autorités sénégalaises ont annoncé leur intention de rechercher un traitement de la dette afin de restaurer sa viabilité. Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, a publiquement salué cette orientation le 15 septembre.

Mais le périmètre et les modalités restent à préciser. Dakar souhaite notamment protéger le marché régional libellé en francs CFA, tandis qu’environ 5 milliards de dollars d’euro-obligations pourraient être concernés par un traitement, selon l’analyse publiée par The Conversation.

Cette distinction sera cruciale pour savoir si le Sénégal fait surtout face à un problème de liquidité, qui pourrait être atténué par l’allongement des maturités, ou à un problème plus profond de solvabilité nécessitant un allègement plus important.

L’accord avec le FMI constitue donc une étape majeure, mais pas encore une sortie de crise. Le véritable test viendra de l’approbation définitive du programme, des conditions imposées aux créanciers et de la capacité de Dakar à réduire durablement le poids du service de la dette sans fragiliser son économie.

Jérôme-loick ADEGBOLA
Jérôme-loick ADEGBOLA
Rédacteur web passionné, je couvre l'actualité africaine et les grandes tendances mondiales. Je produis des contenus variés et hautement optimisés SEO, pensés pour être lus et trouvés sur Google.
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