À environ 80 kilomètres de Yaoundé, la commune d’Esse vit depuis une douzaine d’années sans raccordement effectif au réseau électrique classique, après une coupure liée à des factures impayées. Une centrale solaire financée par l’État avait offert un répit aux habitants à partir de 2018, mais l’installation est aujourd’hui hors service et largement dégradée.
Une coupure de douze ans, mais quatre années de répit solaire
La situation d’Esse demande une nuance. Les habitants sont privés du réseau électrique conventionnel depuis environ douze ans, mais ils n’ont pas vécu toute cette période sans aucune électricité. En 2018, le ministère camerounais de l’Eau et de l’Énergie a financé une centrale solaire destinée à alimenter le centre-ville et ses environs.
Pendant plusieurs années, les ménages raccordés disposaient de compteurs et payaient leur consommation. Emmanuel Tsala, un habitant interrogé sur place, se souvient d’une période où Esse fonctionnait presque comme une ville normalement électrifiée. « Quand il y avait l’énergie solaire, nous étions comme à Yaoundé », raconte-t-il.
Cette solution alternative n’a toutefois pas résisté dans la durée. L’ancien maire Ambroise Evina estime que la centrale a fonctionné pendant près de quatre ans, ce qui situerait son arrêt autour de 2022.
Une centrale de 200 millions de FCFA aujourd’hui dégradée
Le projet solaire avait coûté 200 millions de FCFA, soit environ 305 000 euros, selon les informations recueillies sur place. L’investissement devait permettre à Esse de contourner son problème de raccordement au réseau national et de sécuriser une alimentation locale.
En septembre 2026, le constat est très différent. La végétation a envahi le site, plusieurs panneaux solaires ont disparu et des câbles reliant l’installation aux ménages ont été sectionnés. Les poteaux électriques restent visibles dans les quartiers, mais ils ne transportent plus d’énergie.
Les habitants doivent désormais trouver leurs propres solutions. Certains utilisent de petits panneaux photovoltaïques. D’autres dépendent de groupes électrogènes, une option plus coûteuse qui impose l’achat régulier de carburant. Cette situation limite aussi les usages productifs de l’électricité, notamment pour les commerces et les petits services.
L’entretien de la centrale au cœur d’un conflit municipal
La dégradation de l’installation nourrit désormais une polémique locale. Ambroise Evina, maire d’Esse entre 2018 et 2020 et à l’origine du projet, affirme que la commune prenait auparavant en charge l’entretien et faisait intervenir régulièrement des techniciens. Selon lui, cette maintenance coûtait environ 100 000 FCFA par trimestre.
L’ancien élu estime que le projet a ensuite été abandonné, mais évite d’attribuer directement la responsabilité des dégradations à une personne précise.
L’actuel maire, Martin Ndongo Bouné, conteste de son côté l’idée selon laquelle son équipe aurait simplement refusé d’entretenir la centrale. Il affirme que la commune n’était pas associée à la gestion du projet, notamment pour « le suivi des équipements, la maintenance [et] le gardiennage ». Sa qualité de maire est également attestée par des documents de marchés publics de la commune.
Cette divergence souligne un problème plus large : sans responsabilités clairement définies pour la maintenance, le gardiennage et le financement des réparations, une infrastructure énergétique peut rapidement devenir inutilisable.
Un nouveau financement annoncé pour rétablir l’électricité
Martin Ndongo Bouné assure qu’un nouveau financement gouvernemental doit permettre de remettre en état les installations et que la commune participera cette fois au suivi de la maintenance. Aucun calendrier précis de remise en service n’a toutefois été rendu public dans les sources consultées. L’annonce reste donc, à ce stade, une promesse rapportée par le maire plutôt qu’un retour effectif de l’électricité.
Le cas d’Esse illustre les difficultés persistantes d’électrification au Cameroun, surtout hors des grandes villes. Selon les dernières données de la Banque mondiale, environ 72 % de la population camerounaise avait accès à l’électricité en 2024. L’institution souligne cependant que les écarts restent considérables et qu’une grande partie de la population rurale demeure encore privée d’électricité.
À Esse, l’enjeu n’est donc plus seulement de financer une nouvelle infrastructure. Il faudra aussi garantir son entretien et clarifier durablement qui en assure la gestion afin d’éviter qu’un investissement public de plusieurs centaines de millions de FCFA ne retombe une nouvelle fois à l’abandon.
