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Fouzi Lekjaâ : « Premier ministre ? Je n’y ai jamais réfléchi »

À neuf jours des législatives marocaines du 23 septembre, Fouzi Lekjaâ concentre une attention inhabituelle pour un homme qui ne sera même pas candidat. Le ministre délégué au Budget et patron du football marocain assure pourtant n’avoir « jamais réfléchi » à devenir Premier ministre, malgré son poids croissant au PAM.

Fouzi Lekjaâ assure ne pas viser la primature

Le ralliement de Fouzi Lekjaâ au Parti authenticité et modernité (PAM), officialisé le 25 juillet, a immédiatement nourri les spéculations. Ancien inspecteur des finances, ministre depuis 2021 et président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) depuis 2014, il réunit un profil de technocrate et une notoriété rarement associée à un responsable du Budget.

Pourtant, lorsqu’il est interrogé sur une éventuelle ambition de diriger le gouvernement, sa réponse est catégorique. « Premier ministre ? Je vais vous dire une chose, je n’y ai jamais réfléchi », affirme-t-il. Son choix de ne pas se présenter à Berkane renforce le paradoxe. Lekjaâ participe activement à la campagne nationale du PAM, présente son programme économique, mais ne brigue aucun siège de député.

Son influence reste néanmoins visible. Devant le patronat marocain, il a défendu une formalisation accrue de l’économie, un rôle moteur pour le secteur privé ainsi que des réformes concernant l’emploi, l’éducation et la protection sociale.

Une entrée en politique après des années dans l’appareil d’État

L’engagement partisan de Lekjaâ marque une rupture dans son parcours. Jusqu’ici, sa carrière s’était essentiellement déroulée dans l’administration, au gouvernement et dans les instances sportives. Le PAM a donc réalisé l’un des recrutements les plus remarqués de cette campagne.

Lekjaâ présente désormais son expérience comme un atout pour corriger certaines faiblesses de l’action publique. Lors du lancement de la campagne du PAM à Casablanca, il a notamment appelé à « corriger le parcours et le changer », en ciblant le pouvoir d’achat, la santé, l’éducation et la défiance d’une partie de la jeunesse envers la politique.

Son statut alimente forcément les projections sur l’après-élection. Mais être présenté comme « premier ministrable » par des observateurs ne signifie pas que sa nomination soit acquise. Le résultat des législatives reste la première inconnue.

Le Mondial 2030, l’autre grande ambition de Lekjaâ

Le football reste indissociable de son ascension. Après la demi-finale historique du Maroc au Mondial 2022 et son quart de finale en 2026, Lekjaâ veut désormais faire de la Coupe du monde 2030 un événement majeur pour le royaume.

Il va même très loin concernant la finale. Le 9 septembre, lors d’un meeting à Bouznika, il a déclaré que la province de Benslimane « aura l’honneur d’accueillir la finale » dans le futur Grand Stade Hassan II. L’enceinte doit compter 115 000 places et son coût est estimé à environ un milliard de dollars.

Cette déclaration ne constitue toutefois pas une décision de la FIFA. L’instance internationale a confirmé qu’aucun stade n’avait encore été officiellement désigné pour la finale. L’Espagne souhaite également accueillir ce match et la FIFA assure que son choix interviendra ultérieurement.

CAN contre le Sénégal et proximité avec Infantino

Le parcours de Lekjaâ reste également marqué par la finale controversée de la CAN contre le Sénégal. Le Maroc avait perdu la rencontre sur le terrain avant que la CAF ne retire en mars le titre au Sénégal et ne l’attribue au royaume sur tapis vert. Le Tribunal arbitral du sport devait encore avoir le dernier mot sur ce contentieux.

L’épisode a renforcé les critiques visant l’influence du dirigeant marocain dans les instances africaines. Sa proximité avec Gianni Infantino suscite elle aussi des interrogations, particulièrement depuis que la bataille pour accueillir la finale du Mondial 2030 s’est intensifiée.

Reuters rapporte que certains responsables du football africain soupçonnent l’existence d’une promesse autour de cette finale en contrepartie du soutien africain à Infantino. La FIFA a démenti ces affirmations, les qualifiant de fausses, tandis qu’aucun élément public ne démontre l’existence d’un tel accord.

Le Maroc reste en tout cas l’un des soutiens publics les plus solides du président de la FIFA, candidat à sa réélection en mars 2027. Cette proximité sportive ne suffit pas à prouver un arrangement sur le Mondial 2030.

À l’approche des législatives, Fouzi Lekjaâ se trouve ainsi au croisement de trois enjeux majeurs : la recomposition politique marocaine, la transformation du football national et la bataille pour le Mondial 2030. Il affirme ne pas penser à la primature, mais son entrée au PAM suffit désormais à faire de chacune de ses déclarations un événement politique.

Jacqueline OGOUBEYI
Jacqueline OGOUBEYI
Je me nomme Jacqueline OGOUBEYI, je suis journaliste et Rédactrice. J'aime beaucoup la danse, les voyages et la musique. Je m'engage à partager des informations vérifiées sur des sujets ayant trait à la société, le divertissement, la politique.
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