Une révolte de soldats ou une véritable opération pour renverser Abdourahamane Tiani ? La tentative de coup d’État au Niger des 28 et 29 août brouille la frontière entre les deux, mais les cibles choisies donnent une indication majeure.
Tentative de coup d’État au Niger : pourquoi les mots comptent
La tentative de coup d’État au Niger a d’abord été présentée officiellement comme une mutinerie. Le ministère de la Défense évoquait ainsi des militaires ayant enfreint les règles et ouvert le feu sur plusieurs sites sensibles.
Cette qualification minimise toutefois la portée des événements.
Dans la nuit du 28 au 29 août, des militaires ont lancé des attaques coordonnées contre plusieurs lieux stratégiques de Niamey. La base aérienne 101, située dans l’enceinte de l’aéroport Diori-Hamani, a été prise. Le palais présidentiel a essuyé des tirs nourris.
Les insurgés ont également tenté de prendre le contrôle du siège de la Radio Télévision du Niger. Ils n’y sont pas parvenus, mais les programmes ont été interrompus pendant plusieurs heures.
Ce choix des cibles rapproche fortement l’opération d’une tentative de putsch.
Contrôler la présidence permet de neutraliser le pouvoir. Prendre l’aéroport donne accès à une infrastructure militaire et logistique majeure. S’emparer de la télévision publique permet enfin de contrôler la communication et éventuellement d’annoncer un changement de régime.
Les mutins n’ont atteint qu’une partie de ces objectifs. Cela ne signifie pas nécessairement que leur projet se limitait à une contestation militaire.
Une mutinerie peut devenir une tentative de putsch
Les deux termes ne sont d’ailleurs pas incompatibles.
Une mutinerie décrit d’abord une rupture de discipline au sein des forces armées. Des militaires refusent d’obéir à leur hiérarchie ou se retournent contre elle.
Un coup d’État suppose une ambition supplémentaire : prendre le contrôle du pouvoir politique.
Les événements de Niamey semblent avoir commencé au sein de l’armée. Les insurgés comprenaient notamment de jeunes militaires issus des forces spéciales et des soldats provenant de zones particulièrement touchées par les violences djihadistes.
Le mécontentement sécuritaire constitue une piste importante.
Tiani avait justifié le renversement de Mohamed Bazoum en juillet 2023 notamment par la dégradation de la situation sécuritaire. Trois ans plus tard, les forces nigériennes continuent pourtant de subir de lourdes attaques des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique.
Cette situation nourrit les frustrations dans certaines unités combattantes.
Mais attaquer simultanément le palais présidentiel et tenter de contrôler la télévision publique fait franchir un seuil à cette contestation. Le Monde qualifie ainsi directement l’événement de tentative de coup d’État, tandis que Reuters utilise davantage le terme de mutinerie tout en soulignant qu’elle représentait une menace majeure pour Tiani.
La différence tient donc moins aux violences commises qu’à l’objectif politique attribué aux insurgés.
L’armée nigérienne apparaît profondément divisée
Au-delà du vocabulaire, l’épisode révèle surtout une fragilité beaucoup plus préoccupante pour Tiani.
Les loyalistes n’ont pas repris immédiatement le contrôle de la base aérienne 101. Pendant plusieurs heures, la situation est restée incertaine et les mutins ont cherché à obtenir le soutien d’autres officiers.
Selon Le Monde, certaines unités ont même refusé de participer à l’assaut contre les insurgés.
Cette hésitation est politiquement importante.
Le régime de Tiani repose directement sur l’armée. Une contestation venant de l’intérieur représente donc une menace différente des attaques djihadistes auxquelles le pays est confronté.
La reprise de la base souligne une autre faiblesse. Les forces russes de l’Africa Corps ont joué un rôle déterminant aux côtés des loyalistes.
Trois sources citées par Reuters leur attribuent un rôle majeur dans la reconquête de la base. Des drones kamikazes opérés par les Russes auraient notamment été employés pendant les combats.
Tiani a donc survécu à une rébellion provenant de sa propre armée grâce, en partie, à l’intervention d’un partenaire militaire étranger.
Les arrestations peuvent-elles vraiment refermer la crise ?
La réponse immédiate du pouvoir passe désormais par la répression.
Des dizaines de militaires ont été arrêtés ou tués après les affrontements. Certains prisonniers ont ensuite été montrés à la télévision publique. Les autorités n’avaient toutefois pas immédiatement précisé les charges retenues contre eux.
Ces arrestations peuvent neutraliser les participants directs. Elles ne répondent pas nécessairement aux causes de leur rébellion.
Le pouvoir doit surtout déterminer jusqu’où s’étend la contestation dans les forces armées.
Si l’opération provenait uniquement d’un groupe limité de jeunes officiers, Tiani peut espérer reprendre rapidement le contrôle. Si elle traduit un mécontentement plus large lié aux pertes militaires et à la situation sécuritaire, les arrestations risquent seulement de contenir temporairement le problème.
C’est pourquoi la qualification de tentative de coup d’État au Niger semble finalement plus éclairante que celle de simple mutinerie.
La rébellion est née dans l’armée, mais ses auteurs ne se sont pas contentés de désobéir. Ils ont attaqué les lieux permettant de contrôler le pouvoir, les communications et une infrastructure militaire stratégique.
Tiani a conservé la présidence. Mais les événements des 28 et 29 août ont démontré que la menace contre son régime ne vient désormais plus seulement des groupes armés du Sahel. Elle peut également surgir de l’institution qui l’a porté au pouvoir en 2023.
