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Raffinerie d’or au Burkina Faso : le défi des 164 tonnes

Le Burkina Faso a inauguré sa première raffinerie d’or, Raffinor-BF, avec une capacité annoncée de 164 tonnes par an. Un niveau nettement supérieur à la production nationale actuelle, qui place désormais l’approvisionnement de l’usine au cœur du projet.

Raffinor-BF porte la capacité à 164 tonnes par an

Le président Ibrahim Traoré a inauguré Raffinor-BF le 28 septembre 2026 à Ouagadougou. L’installation représente un investissement de plus de 11 milliards de FCFA, mobilisés par l’État burkinabè, notamment à travers la Société nationale des substances précieuses (SONASP), en partenariat avec des acteurs privés nationaux.

La capacité communiquée lors de l’inauguration atteint 164 tonnes d’or par an dans une première phase. Les autorités évoquent même une capacité pouvant atteindre 515 tonnes à terme. Ce chiffre diffère légèrement des 150 tonnes annoncées lors du lancement du chantier en novembre 2023. À l’époque, le ministère des Mines évoquait une unité capable d’affiner environ 400 kg par jour.

Pour le gouvernement, l’objectif dépasse la simple création d’une infrastructure industrielle. Ouagadougou veut conserver une plus grande partie de la valeur ajoutée générée par son principal produit minier et réduire les exportations d’or non raffiné.

Une capacité supérieure à la production d’or du pays

Le principal défi apparaît dans les chiffres. Le Burkina Faso a produit environ 94 tonnes d’or en 2025, contre près de 60 tonnes en 2024, selon le ministère de l’Énergie, des Mines et des Carrières. La Banque mondiale retient également un volume d’environ 94 tonnes pour 2025.

Même si toute cette production était orientée vers Raffinor-BF, elle ne suffirait donc pas à utiliser entièrement une capacité annuelle de 164 tonnes. L’écart dépasse 70 tonnes.

Ce constat ne signifie toutefois pas que la raffinerie est nécessairement surdimensionnée. Une capacité industrielle correspond à un maximum théorique. Une usine peut fonctionner en dessous de ce plafond, surtout durant ses premières années. Le gouvernement cherche par ailleurs à augmenter la production nationale et à mieux intégrer les volumes issus de l’exploitation artisanale.

Cette dernière joue déjà un rôle croissant. Au second semestre 2025, la SONASP a collecté près de 31 tonnes d’or, dont environ 22,8 tonnes provenant de la production artisanale, selon les statistiques du ministère.

L’or artisanal devient stratégique pour la raffinerie

La réussite de la raffinerie d’or au Burkina Faso dépendra ainsi largement de la formalisation des circuits artisanaux et semi-mécanisés. Une partie de l’or extrait dans ces filières peut échapper aux circuits officiels, ce qui réduit les volumes disponibles pour la transformation locale et les recettes publiques.

Les autorités ont déjà renforcé le rôle de la SONASP dans la collecte et la commercialisation des substances précieuses. Le gouvernement présente également Raffinor-BF comme un moyen d’améliorer la traçabilité et de lutter contre les circuits clandestins.

L’enjeu consiste à rendre les circuits officiels suffisamment attractifs pour que les producteurs et collecteurs choisissent effectivement de vendre leur or à travers les structures reconnues. La capacité technique de la raffinerie ne garantit donc pas, à elle seule, son taux d’utilisation.

Le Burkina Faso vise aussi l’or des pays voisins

Ouagadougou ne limite pas nécessairement Raffinor-BF à la seule production nationale. Les autorités ambitionnent de faire du pays un centre régional de raffinage en Afrique de l’Ouest, ce qui pourrait permettre à l’usine de traiter du métal provenant d’autres marchés de la région.

Cette stratégie devient encore plus importante si la capacité atteint un jour les 515 tonnes annoncées. Elle exigera cependant une logistique sécurisée, des procédures douanières adaptées, des standards de certification reconnus et une offre commercialement compétitive face aux raffineries étrangères déjà utilisées par les producteurs africains.

Ibrahim Traoré résume l’ambition politique du projet en affirmant : « Nous voulons affiner tous nos métaux sur place ».

Raffinor-BF donne donc au Burkina Faso un outil industriel inédit. Mais après l’inauguration commence une étape plus difficile : sécuriser suffisamment d’or pour transformer cette capacité théorique en activité économique durable.

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