Jimmy Cliff, chanteur jamaïcain légendaire et figure majeure du reggae, est décédé à l’âge de 81 ans des suites d’une pneumonie. L’annonce a été faite par son épouse ce lundi 24 novembre, bouleversant une communauté artistique mondiale qui lui doit une part essentielle de la diffusion de la culture jamaïcaine. Avec Bob Marley, il restera l’un des piliers qui ont porté le reggae sur les plus grandes scènes de la planète.
Une icône jamaïcaine au parcours exceptionnel
Né James Chambers en juillet 1944 en Jamaïque, Jimmy Cliff s’impose très vite comme un talent hors norme. Issu d’un milieu modeste, il quitte l’école à 13 ans pour se consacrer à la musique. Un producteur le repère un an plus tard et lui permet d’enregistrer Hurricane Hattie, son premier tube. Le jeune artiste attire l’attention par son timbre unique, profond, vibrant, et par une sensibilité qui marquera toute sa carrière.
Après sa signature sur le label Island, fondé par Chris Blackwell, Jimmy Cliff tente une percée en Europe. Dès le milieu des années 1960, il explore un registre soul. Son premier succès international arrive pourtant au Brésil en 1968. Plus tard, son titre Vietnam séduit les mouvements contestataires en pleine guerre américaine, consolidant sa place parmi les voix engagées de sa génération.
De retour en Jamaïque, il obtient le rôle principal dans le film The Harder They Come, œuvre culte qui dévoile les réalités de l’industrie musicale jamaïcaine. Ce film transforme la carrière du chanteur et contribue, pour la première fois, à exporter largement le reggae dans le monde. La bande-son, marquée par You Can Get It If You Really Want, Rivers of Babylon et l’inoubliable Many Rivers to Cross, devient un classique absolu.
Une carrière mondiale jalonnée de succès
Jimmy Cliff s’impose ensuite comme l’un des ambassadeurs les plus influents du reggae, aux côtés de Bob Marley et Max Romeo. Son style, mêlant sonorités soul, reggae et rythmes caribéens, traverse les décennies sans perdre de sa force. En 1982, il signe un contrat avec CBS. Deux ans plus tard, il décroche un succès planétaire avec Reggae Night, produit avec Amir Bayyan de Kool & the Gang. L’artiste multiplie les collaborations prestigieuses : les Rolling Stones, Joe Strummer, Steven Van Zandt, Bernard Lavilliers, Yannick Noah… Sa voix transporte, son énergie rassemble et son influence s’étend bien au-delà du reggae.
De nouvelles générations le découvrent grâce au cinéma. Sa reprise de I Can See Clearly Now pour le film Rasta Rocket en 1992 conquiert le monde et lui offre un renouveau international. Deux ans plus tard, il participe à la bande originale du Roi Lion avec Hakuna Matata, confirmant sa capacité à toucher un public toujours plus large. En 2010, son entrée au Rock and Roll Hall of Fame consacre une carrière exceptionnelle. Il figure aussi parmi les rares artistes à avoir reçu l’Ordre du Mérite jamaïcain.
L’annonce de son décès a été faite par son épouse Latifa, qui a rendu hommage à sa force, son courage et son héritage. Elle a demandé le respect de l’intimité de la famille dans « ce moment difficile ». Elle écrit aussi : « Jimmy, mon chéri, repose en paix ». Le monde du reggae, comme celui de la musique internationale, perd une étoile. Jimmy Cliff a façonné un pan entier de la culture jamaïcaine et influencé des générations d’artistes. Par son œuvre immense, il continuera de vivre à travers chaque mélodie, chaque film, chaque voix inspirée par son chemin.