La Cedeao maintient 2027 comme date de lancement de la monnaie Eco et juge encore cet objectif « réalisable ». À un peu plus d’un an de l’échéance, un démarrage limité à quelques États paraît toutefois bien plus crédible qu’une adoption simultanée dans toute la communauté.
La Cedeao maintient officiellement l’Eco pour 2027
Le calendrier n’a pas été abandonné. Lors de leur sommet de juillet 2026 en Sierra Leone, les chefs d’État de la Cedeao ont réaffirmé leur engagement à lancer l’Eco en 2027. Surtout, ils ont clarifié un point décisif : seuls les pays respectant les critères de convergence et prêts à participer devraient intégrer la monnaie dans un premier temps. Les autres pourraient rejoindre l’union plus tard.
Cette approche change profondément la portée de l’échéance. Le lancement de 2027 ne signifie donc plus nécessairement que les douze États membres remplaceront simultanément leurs monnaies nationales. Il pourrait s’agir d’un noyau initial, ensuite élargi progressivement.
Le 7 septembre, le Conseil de convergence de la Cedeao a de nouveau estimé l’objectif « réalisable ». Il a néanmoins demandé la convocation rapide du groupe de travail présidentiel afin d’accélérer les décisions encore en suspens.
Les critères de convergence restent difficiles à respecter
Le principal obstacle reste économique. Le cadre de convergence impose notamment un déficit budgétaire inférieur ou égal à 3 % du PIB, une inflation annuelle moyenne plafonnée à 5 %, un financement des déficits par les banques centrales limité à 10 % des recettes fiscales de l’année précédente et des réserves couvrant au moins trois mois d’importations.
Or les résultats restent très inégaux. Dans son dernier rapport détaillé disponible, consacré à 2024, la Cedeao indiquait que seuls le Bénin et le Cap-Vert respectaient les quatre critères primaires. Six pays en remplissaient au moins trois. L’institution prévoyait une amélioration en 2025, mais ces chiffres illustrent l’écart entre la volonté politique et la convergence effective.
Le FMI reste également prudent. Dans son rapport 2026 sur l’UEMOA, il estime qu’une union monétaire élargie devrait reposer sur une convergence macroéconomique durable et même sur des critères plus stricts. Le Fonds relève notamment des calendriers différents de retour au déficit de 3 % selon les pays.
Une architecture monétaire encore en construction
Une monnaie unique ne repose pas seulement sur l’inflation ou les déficits. Elle suppose également une banque centrale commune, une politique monétaire unifiée, un mécanisme de change, des règles de supervision bancaire et une infrastructure régionale de paiements.
Des avancées existent. L’Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest indique qu’un cadre commun de politique monétaire a été finalisé et qu’un accord existe sur la structure du capital de la future Banque centrale de l’Afrique de l’Ouest. Mais plusieurs dossiers restent ouverts, notamment son statut, ses règles de vote, sa gouvernance, la supervision bancaire et la gestion des réserves.
Les infrastructures sont elles aussi toujours en préparation. En mai 2026, l’Agence cherchait encore un consultant pour évaluer les offres destinées à héberger certains composants du système régional de paiement et de règlement. Un mécanisme régional de change faisait parallèlement l’objet de travaux techniques en juin.
Un lancement limité paraît plus crédible qu’une bascule générale
2027 reste donc une échéance possible, mais à condition de bien définir ce que signifie « lancement ». Une mise en circulation immédiate de l’Eco dans l’ensemble de la Cedeao paraît difficile au regard des écarts économiques et du chantier institutionnel restant.
En revanche, le scénario désormais retenu par les chefs d’État rend la date plus réaliste : commencer avec quelques économies jugées suffisamment convergentes, puis accueillir progressivement les autres. Cette stratégie permettrait à la Cedeao d’éviter un nouveau report formel après plusieurs décennies de promesses.
Elle comporte toutefois un risque. Un lancement essentiellement politique, avant que les mécanismes budgétaires, monétaires et financiers soient suffisamment solides, pourrait transférer les divergences nationales à la nouvelle union.
La crédibilité de 2027 dépendra donc moins de l’annonce d’une date que des décisions prises d’ici la fin de 2026. La réunion du groupe de travail présidentiel et la liste des premiers pays réellement éligibles seront les prochains tests majeurs.
