AccueilActualitésInternet mobile : près d’un milliard d’Africains sont couverts mais restent déconnectés

Internet mobile : près d’un milliard d’Africains sont couverts mais restent déconnectés

Le principal défi numérique de l’Afrique n’est plus seulement d’étendre les réseaux, mais de convaincre et permettre aux populations de les utiliser. Selon la GSMA, environ 63 % des Africains vivent sous couverture du haut débit mobile sans pourtant utiliser l’internet mobile, soit près d’un milliard de personnes.

L’Afrique souffre désormais davantage d’un déficit d’usage que de couverture

Les données publiées dans le rapport The Mobile Economy Africa 2026 montrent un basculement important. Les réseaux mobiles à haut débit couvrent désormais l’immense majorité de la population africaine, alors que seulement 9 % des habitants restent dans une zone dépourvue de couverture. À l’inverse, 63 % sont couverts mais n’utilisent pas l’internet mobile.

Ce phénomène porte un nom, le « déficit d’usage ». Il désigne les personnes qui pourraient théoriquement se connecter grâce à la présence d’un réseau 3G, 4G ou 5G, mais qui ne le font pas. Le chiffre de 820 millions avancé dans certaines estimations sous-évalue donc la situation actuelle à l’échelle du continent. La GSMA évoquait déjà 960 millions d’Africains concernés en 2024, soit 64 % de la population.

Le problème s’est même accentué sur la dernière décennie. Entre 2015 et 2024, la part des Africains vivant hors couverture est passée de 41 % à seulement 9 %. Dans le même temps, le déficit d’usage a progressé de près de 20 points pour atteindre 64 % en 2024.

Le prix du smartphone reste un obstacle majeur

Construire des antennes supplémentaires ne suffira donc pas à connecter les populations. La GSMA identifie le prix des terminaux comme l’un des principaux obstacles, aux côtés du manque de compétences numériques, de certains freins sociaux et de l’insuffisance de contenus ou services adaptés aux besoins locaux.

Le décalage est particulièrement visible pour les smartphones. En 2024, seulement 24 % de la population africaine possédait un smartphone, contre 56 % à l’échelle mondiale. Le prix médian d’un appareil d’entrée de gamme atteignait environ 39 dollars en Afrique subsaharienne et représentait 26 % du PIB mensuel par habitant, contre 16 % en moyenne dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Pour les ménages les plus pauvres, l’effort financier est beaucoup plus lourd. Le nouveau rapport mondial de la GSMA, publié le 15 septembre 2026, estime qu’un appareil permettant d’accéder à internet représentait fin 2025 l’équivalent de 76 % du revenu mensuel moyen des 20 % les plus pauvres en Afrique subsaharienne.

Un retard numérique aux conséquences économiques

Cette déconnexion prive une grande partie de la population de services devenus essentiels. L’internet mobile facilite l’accès aux paiements numériques, à l’éducation, à l’information, au commerce électronique, aux services publics ou encore à certaines solutions de santé.

L’enjeu économique est d’autant plus important que le mobile pèse déjà lourd dans l’activité africaine. En 2025, les technologies et services mobiles ont généré 240 milliards de dollars de valeur économique, soit 7,8 % du PIB du continent. Le secteur soutenait environ 13 millions d’emplois et contribuait à hauteur de 45 milliards de dollars aux recettes publiques. La GSMA prévoit une contribution de 290 milliards de dollars à l’horizon 2030.

La persistance du déficit d’usage pourrait aussi accentuer de nouvelles fractures. Alors que l’intelligence artificielle prend une place croissante dans l’éducation, les entreprises et les services numériques, les populations qui restent hors ligne risquent de ne pas bénéficier de cette transformation.

Connecter les Africains suppose désormais d’agir au-delà des réseaux

Les opérateurs continueront à investir dans les infrastructures. La GSMA estime leurs dépenses dans les réseaux africains à plus de 76 milliards de dollars entre 2024 et 2030. Mais l’extension de la 4G et de la 5G ne réglera qu’une partie du problème.

L’industrie plaide notamment pour une baisse des taxes pesant sur les appareils et les services numériques, des mécanismes de financement des smartphones et davantage de programmes d’apprentissage des compétences numériques. Certains opérateurs proposent déjà des achats de téléphones échelonnés afin de réduire le coût initial.

« La couverture n’est plus le principal obstacle, l’adoption l’est », résume en substance le constat dressé par la GSMA. L’avenir de l’internet mobile en Afrique dépend donc moins de la seule présence d’un signal que de la capacité des ménages à acheter un appareil, payer les données et trouver dans le numérique des services suffisamment utiles pour se connecter durablement.

Jérôme-loick ADEGBOLA
Jérôme-loick ADEGBOLA
Rédacteur web passionné, je couvre l'actualité africaine et les grandes tendances mondiales. Je produis des contenus variés et hautement optimisés SEO, pensés pour être lus et trouvés sur Google.
ARTICLES SIMILAIRES