L’influenceur sénégalais Keylor, suivi par plus d’un million d’abonnés sur TikTok, fait face à la justice après des vidéos mettant en cause des commerçants guinéens. Poursuivi notamment pour incitation à la haine raciale, il conteste les accusations et affirme avoir simplement voulu défendre les produits fabriqués au Sénégal.
Keylor : des vidéos TikTok qui déclenchent une polémique
Tout commence le 12 août 2026. Papa Saliou Ciss, plus connu sous le pseudonyme de Keylor, publie sur TikTok des vidéos tournées dans des commerces de Dakar.
L’influenceur, proche du député Tahirou Sarr et de son mouvement Les Nationalistes, s’intéresse à la présence de produits sénégalais dans les boutiques.
Dans ses publications, il évoque un supposé boycott de certaines marques locales au profit de produits importés.
Ses accusations concernent notamment les eaux Kirène, Séo et Casamançaise, ainsi que le sucre fabriqué au Sénégal.
La séquence devient rapidement virale. Certains internautes reprennent ses déclarations pour critiquer les commerçants guinéens installés dans le pays.
Selon une enquête du journal Le Monde publiée le 4 septembre 2026, plusieurs boutiquiers guinéens ont ensuite été confrontés à des accusations et à des comportements hostiles.
Pourtant, aucune preuve d’un boycott organisé par les commerçants guinéens n’a été établie.
Les commerçants interrogés expliquent plutôt l’absence de certains produits par des difficultés d’approvisionnement, notamment pendant les fêtes religieuses du mois d’août. Le Monde.fr+1
Pourquoi l’influenceur risque des sanctions judiciaires
Le 27 août 2026, El Hadji Boubacar Ba, président de la Fédération nationale des boutiquiers pour la modernisation (FNBM), dépose une plainte contre Keylor.
Cette organisation affirme représenter plus de 35 500 commerçants sénégalais et étrangers.
Son président reproche à l’influenceur d’avoir porté atteinte à la réputation des boutiquiers et contribué à alimenter des tensions entre communautés.
La plainte soulève également la question des commerçants filmés et de la diffusion de leurs images sur les réseaux sociaux.
Après son audition par les enquêteurs, Keylor est placé sous mandat de dépôt le 23 octobre 2026.
Plusieurs infractions présumées sont évoquées dans cette affaire :
- L’incitation à la discrimination raciale ou ethnique et à la haine raciale.
- La collecte et la diffusion illicites de données personnelles.
- L’atteinte à la vie privée.
- La diffusion de contenus susceptibles de présenter un caractère xénophobe.
Ces accusations doivent encore être examinées par la justice. À ce stade, Keylor bénéficie de la présomption d’innocence.
L’influenceur a comparu devant le tribunal des flagrants délits de Dakar le 28 octobre 2026. L’affaire a été renvoyée au 2 novembre. La date du 4 novembre, annoncée pour une nouvelle audience, n’a pas pu être confirmée indépendamment. Seneweb+1
Keylor conteste les accusations et défend ses vidéos
Face aux enquêteurs, Papa Saliou Ciss reconnaît avoir réalisé et publié les vidéos controversées.
Il rejette toutefois l’idée d’avoir voulu provoquer des tensions entre Sénégalais et Guinéens.
Selon ses explications rapportées par la presse sénégalaise, son objectif était d’attirer l’attention sur la disponibilité des produits locaux et de défendre les consommateurs.
L’influenceur affirme également qu’il n’a jamais présenté le boycott comme un fait définitivement établi.
Concernant les commerçants filmés, il soutient que certains étaient informés de l’enregistrement et que des visages avaient été floutés.
Ces arguments sont contestés par la partie plaignante.
Lors de l’audience du 28 octobre, Me Aboubacry Barro, avocat des parties civiles, a demandé la comparution du député Tahirou Sarr.
Le responsable politique dirige le Mouvement nationaliste sénégalais, auquel Keylor est associé.
Cette demande vise à éclaircir les circonstances de l’affaire. Elle ne signifie pas que le député fait lui-même l’objet de poursuites dans cette procédure. SeneNews
Une affaire qui dépasse les réseaux sociaux
Le procès de Keylor intervient alors que les relations entre commerçants sénégalais et étrangers alimentent des débats dans le pays.
Les vidéos publiées sur TikTok montrent comment une accusation économique peut rapidement prendre une dimension communautaire lorsqu’elle vise des personnes en raison de leur origine.
Pour les commerçants guinéens, cette affaire soulève des inquiétudes concernant leur sécurité et la poursuite de leurs activités.
Pour les créateurs de contenus, elle pose également la question de leur responsabilité lorsqu’ils diffusent des accusations devant des centaines de milliers d’abonnés.
La justice devra désormais déterminer si les publications de Keylor constituent des infractions ou relèvent de sa liberté d’expression.
L’issue de cette affaire dépendra de l’examen des vidéos, des intentions retenues par le tribunal et des preuves présentées par les différentes parties.
