L’IA au Mali ouvre un nouveau front dans un conflit déjà militaire et politique. Jihadistes, séparatistes et réseaux proches de la Russie l’utilisent désormais pour produire des contenus, amplifier leurs récits et influencer l’opinion.
IA au Mali : une nouvelle bataille se joue sur les écrans
Le Timbuktu Institute décrit cette évolution dans son rapport « Des algorithmes en guerre », publié le 8 septembre. Selon le centre de recherche, l’intelligence artificielle générative commence à modifier les stratégies de communication des différents acteurs du conflit malien.
Les usages restent toutefois très différents. Certains groupes expérimentent simplement la création d’images, tandis que d’autres disposent déjà de systèmes capables d’associer contenus générés, faux comptes et amplification sur les réseaux sociaux.
Cette évolution intervient dans un conflit qui dure depuis 2012. Depuis avril 2026, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et des combattants liés au Front de libération de l’Azawad (FLA) ont notamment mené des attaques contre les forces maliennes. Bamako s’appuie parallèlement sur l’Africa Corps russe.
Le JNIM commence à expérimenter l’IA
Le JNIM reste pour l’instant l’un des utilisateurs les moins avancés. En juin, sa branche médiatique Az-Zallaqa a néanmoins diffusé des affiches produites avec l’intelligence artificielle.
L’intérêt de ces outils dépasse la simple création d’images. Ils peuvent réduire le temps et le coût nécessaires pour produire de la propagande. À terme, le JNIM pourrait aussi traduire plus facilement ses messages dans différentes langues locales et adapter ses contenus à des publics précis.
Le Timbuktu Institute évoque ainsi le risque d’un « jihadisme communicationnel » plus rapide et mieux ciblé. Le recrutement personnalisé fait partie des évolutions possibles, mais le rapport ne dit pas que ces pratiques sont déjà déployées à grande échelle.
Des personnages artificiels défendent la cause de l’Azawad
Les réseaux favorables au FLA exploitent l’intelligence artificielle autrement. Des comptes TikTok utilisent des personnages synthétiques présentés comme de véritables personnes pour diffuser des messages favorables à l’Azawad et hostiles à l’Africa Corps.
Le rapport s’intéresse notamment au compte « Azzghim ». Il comptait environ 601 000 abonnés en juillet. Plusieurs anomalies visuelles dans ses vidéos sont compatibles avec une manipulation par intelligence artificielle.
Cette méthode permet d’« humaniser » artificiellement un mouvement. Elle rend également plus difficile l’identification des personnes qui produisent réellement les messages.
La multiplication de personnages virtuels peut surtout créer l’impression qu’un récit bénéficie d’un soutien populaire plus important qu’en réalité. L’IA devient alors un instrument d’amplification politique.
La Russie possède le dispositif le plus sophistiqué
Le Timbuktu Institute considère néanmoins que l’écosystème russe possède les capacités les plus avancées. Il cite notamment African Initiative et l’opération « AI-Freak ».
Ces campagnes ne reposent pas seulement sur la création d’une image ou d’une vidéo. Elles peuvent associer contenus générés, faux comptes et stratégies de diffusion destinées à renforcer leur visibilité.
En 2024, Meta et OpenAI avaient déjà identifié une opération russe utilisant des modèles d’IA pour produire des commentaires, articles et images en français et en anglais à destination de populations d’Afrique subsaharienne.
Selon le rapport, des réseaux favorables aux autorités maliennes et à l’Alliance des États du Sahel s’insèrent progressivement dans cet environnement informationnel. Certains contenus cherchent notamment à renforcer la légitimité des autorités ou à promouvoir le partenariat sécuritaire avec Moscou.
Le vrai danger réside dans la confusion
L’intelligence artificielle ne doit pas nécessairement produire un deepfake parfait pour devenir efficace. Elle peut surtout saturer les réseaux sociaux de contenus dont l’origine devient difficile à déterminer.
Une fausse image peut circuler en quelques minutes, alors que sa vérification nécessite davantage de temps. À l’inverse, des images authentiques peuvent désormais être rejetées comme des créations artificielles.
Cette confusion fragilise particulièrement les populations qui disposent de peu d’outils pour vérifier les contenus. Le Timbuktu Institute recommande donc de renforcer la culture numérique, les capacités de détection et les dispositifs de lutte contre la désinformation.
Les usages militaires avancés de l’IA restent encore largement prospectifs. La guerre des récits, elle, est déjà engagée. Le Mali pourrait ainsi devenir l’un des principaux laboratoires africains permettant d’observer comment l’intelligence artificielle transforme les conflits contemporains.

