L’Afrique ne suit pas une ligne unique face aux actifs virtuels. Plusieurs pays ont choisi de licencier les plateformes et prestataires, tandis que d’autres maintiennent une interdiction totale ou de fortes restrictions sur les cryptomonnaies.
Afrique du Sud et Nigeria installent un cadre de licences
L’Afrique du Sud possède aujourd’hui l’un des dispositifs les plus structurés du continent. Les crypto-actifs y sont considérés comme des produits financiers pour l’application de la loi FAIS, et les prestataires doivent être autorisés par la Financial Sector Conduct Authority. Au 31 mars 2026, la FSCA avait reçu 533 demandes de licence et en avait approuvé 310, contre 17 refus.
Le Nigeria a lui aussi clairement basculé vers la régulation. L’Investments and Securities Act de 2025 donne à la Securities and Exchange Commission le pouvoir d’enregistrer et de superviser les plateformes d’actifs virtuels, les prestataires de services et d’autres opérateurs numériques. La SEC utilise parallèlement son programme ARIP pour intégrer progressivement les entreprises du secteur.
Cette transition reste encadrée. En juillet puis en août 2026, la SEC a notamment accordé des approbations de principe à plusieurs nouveaux prestataires. Elle précise toutefois qu’une telle approbation n’équivaut pas encore à une licence définitive.
Kenya, Ghana et Maurice choisissent aussi l’encadrement
Au Kenya, le Virtual Asset Service Providers Act est entré en vigueur le 4 novembre 2025. Il confie à la Banque centrale et à la Capital Markets Authority la supervision des prestataires. Une période transitoire d’un an court toutefois jusqu’au 4 novembre 2026 pour les acteurs déjà présents, tandis que les textes d’application doivent préciser les modalités de licence.
Le Ghana a franchi une étape similaire avec le Virtual Asset Service Providers Act de 2025. La loi crée la base juridique pour enregistrer, licencier et superviser notamment les plateformes d’échange, portefeuilles, émetteurs de stablecoins ou services de tokenisation. La Banque du Ghana estime que l’écosystème national compte plus de trois millions d’utilisateurs. Avec la SEC et le Financial Intelligence Centre, elle juge que les actifs virtuels « ne peuvent rester en dehors » du périmètre réglementaire.
Maurice avait pris de l’avance. Son Virtual Asset and Initial Token Offering Services Act est en vigueur depuis février 2022. Le texte prévoit des licences pour les courtiers, services de portefeuille, dépositaires, conseillers et places de marché d’actifs virtuels.
Algérie et Égypte choisissent l’interdiction, le Maroc résiste encore
L’Algérie applique désormais l’un des régimes les plus sévères. La loi n°25-10 du 24 juillet 2025 interdit notamment d’émettre, acheter, vendre, utiliser, détenir, promouvoir ou négocier des actifs virtuels, mais aussi de créer ou d’exploiter une plateforme d’échange. Le texte inclut également le minage dans l’interdiction.
En Égypte, la loi bancaire n°194 de 2020 prohibe l’émission, le commerce et la promotion des cryptomonnaies, ainsi que l’exploitation de plateformes dédiées. La Banque centrale rappelle qu’aucune de ces activités ne peut être exercée dans le pays dans le cadre actuel.
Le Maroc illustre une situation plus mouvante. Malgré les travaux annoncés sur un futur cadre réglementaire, Bank Al-Maghrib, l’Autorité marocaine du marché des capitaux et l’Office des Changes ont rappelé le 10 août 2026 que l’utilisation des monnaies virtuelles reste non autorisée. En Éthiopie, la Banque nationale interdit pour sa part les transactions P2P en cryptomonnaies libellées en birr, tout en préparant un cadre plus complet.
Une carte réglementaire africaine qui change rapidement
Le paysage ne se résume donc pas à deux camps parfaitement étanches. Réguler un prestataire ne signifie pas reconnaître le bitcoin comme monnaie légale, pas plus qu’une restriction bancaire ne constitue automatiquement une interdiction générale de détention.
En 2025, le FMI estimait qu’un quart seulement des pays d’Afrique subsaharienne réglementaient formellement les crypto-actifs, tandis qu’environ deux tiers appliquaient certaines restrictions. Depuis, les lois adoptées au Kenya et au Ghana montrent que la tendance évolue vers la licence, la lutte contre le blanchiment et la protection des clients plutôt que vers l’interdiction pure.
Pour les investisseurs comme pour les plateformes, la règle devient donc nationale : il faut vérifier non seulement si les actifs virtuels sont autorisés, mais aussi quelles activités nécessitent une licence et quel régulateur est compétent.
