La filière mangue en Côte d’Ivoire entre dans un nouveau cadre de régulation. Le gouvernement veut mieux encadrer sa commercialisation et son développement, alors que les producteurs restent confrontés aux pertes post-récolte et à la menace persistante des mouches des fruits.
La filière mangue rejoint un dispositif de régulation renforcé
Le Conseil des ministres du 23 septembre 2026 a adopté une ordonnance qui étend à la mangue les règles déjà appliquées à la commercialisation et à la régulation du coton et de l’anacarde. Le gouvernement justifie cette décision par sa volonté d’accroître la valorisation d’une filière qui représente environ 10 % de la production fruitière nationale.
Concrètement, les missions de régulation, de suivi et de développement de la filière mangue sont désormais également confiées au Conseil Coton-Anacarde. Son conseil d’administration doit accueillir un représentant de l’interprofession de la mangue. Le gouvernement cherche ainsi à installer un pilotage institutionnel plus structuré de la production jusqu’à la commercialisation.
La réforme ne se limite donc pas à un changement administratif. Elle pourrait permettre d’harmoniser davantage les règles applicables aux acteurs, de suivre les flux commerciaux et d’améliorer la coordination entre producteurs, conditionneurs et exportateurs.
La mangue ivoirienne pèse lourd sur le marché européen
La Côte d’Ivoire fait partie des principaux fournisseurs de mangues du marché européen. Les données du Centre national de recherche agronomique indiquent une production nationale d’environ 150 000 tonnes par an, dont plus de 33 000 tonnes sont exportées sous forme de fruits frais. Le pays se classe parmi les trois premiers fournisseurs de l’Union européenne, derrière le Brésil et le Pérou.
D’autres estimations plus récentes situent la production autour de 180 000 tonnes et les exportations annuelles à plus de 30 000 tonnes. Ces écarts montrent que les volumes varient selon les campagnes et les méthodes de comptabilisation. Une grande partie de la production reste concentrée dans le nord du pays, où la mangue constitue une importante source de revenus aux côtés du coton et de l’anacarde.
Cette position à l’exportation rend cependant la filière très dépendante des exigences sanitaires des marchés étrangers, particulièrement européens.
La mouche des fruits menace toujours les exportations
Le principal défi reste la lutte contre les mouches des fruits. Ces insectes peuvent rendre des cargaisons impropres à l’exportation et entraîner leur interception à l’entrée de l’Union européenne. Le CNRA les classe parmi les principaux obstacles phytosanitaires auxquels fait face la mangue ivoirienne.
La campagne 2026 a encore rappelé cette vulnérabilité. Plusieurs cargaisons ont été interceptées en Europe en raison de la présence de larves, provoquant des tensions entre certains exportateurs et l’Interprofession de la mangue. Les acteurs ont ensuite appelé à renforcer les contrôles afin de tendre vers l’objectif de « zéro interception ».
Le gouvernement avait déjà annoncé en juillet un renforcement de son action contre ce ravageur. Après une rencontre avec l’Inter-Mangue, le ministre de l’Agriculture Bruno Nabagné Koné avait notamment évoqué la fourniture d’intrants de traitement et la création d’un programme durable de suivi des vergers.
La transformation locale reste l’autre chantier majeur
La nouvelle régulation devra aussi répondre au problème des pertes et de la faible valorisation locale. Une part importante des mangues produites ne trouve pas de débouché commercial, notamment en raison de la courte période de récolte, des maladies et des capacités encore limitées de conservation ou de transformation.
L’Agence ivoirienne de presse estimait en 2025 que près de 40 % de la production pouvait être perdue en raison des difficultés d’écoulement et des maladies des fruits. L’État a déjà soutenu l’installation d’unités de séchage, notamment à Korhogo, Boundiali et Ferkessédougou, mais le potentiel de transformation reste important.
Abidjan cherche désormais à inscrire cette filière dans une politique agricole davantage tournée vers la valeur ajoutée. En juin 2026, le gouvernement avait fixé comme priorité la compétitivité, la transformation locale et la modernisation dans le cadre de la préparation du troisième Programme national d’investissement agricole.
La nouvelle architecture de régulation devra donc produire des résultats concrets : sécuriser les exportations, réduire les pertes et mieux valoriser les volumes récoltés. C’est sur ces trois fronts que se mesurera réellement l’effet de la réforme sur la filière mangue en Côte d’Ivoire.
