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Au Cameroun, la guerre des clans autour de Paul Biya fracture les services de renseignement

Longtemps considérée comme l’un des instruments les plus redoutés du pouvoir camerounais, la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) traverse une profonde crise. Affaiblie par l’affaire Martinez Zogo, des rivalités internes et les luttes d’influence au sommet de l’État, elle est devenue elle-même un enjeu dans les batailles autour de Paul Biya.

L’affaire Martinez Zogo a fait exploser la DGRE de l’intérieur

Le tournant remonte à janvier 2023. Le journaliste Martinez Zogo est enlevé puis retrouvé mort après avoir été torturé. L’enquête remonte rapidement jusqu’à la DGRE. Son directeur général, Léopold Maxime Eko Eko, qui dirigeait le service depuis 2010, est arrêté, tout comme Justin Danwe, alors directeur des opérations. Tous deux contestent leur responsabilité dans le meurtre.

L’affaire porte un coup considérable au service. En décembre 2023, Paul Biya nomme Jean-Pierre Robins Ghoumo à sa tête. Ce civil passé notamment par le secrétariat général de la présidence doit remettre en ordre une institution déstabilisée. Il reste aujourd’hui officiellement directeur général de la Recherche extérieure, selon l’organigramme de la présidence camerounaise.

Mais le procès Martinez Zogo continue de dévoiler les fractures de l’ancienne DGRE. En mars 2026, les avocats d’Eko Eko ont affirmé que plusieurs témoignages devant le tribunal militaire accréditaient l’existence d’une « cellule occulte » qui aurait agi en dehors de la chaîne hiérarchique officielle. Cette thèse relève de la défense et n’est pas, à ce stade, un fait judiciairement établi.

Le renseignement devient un enjeu dans les rivalités du sommet

Les tensions dépassent désormais largement l’affaire Zogo. Plusieurs médias camerounais et panafricains décrivent une compétition entre différents réseaux du régime pour contrôler les informations qui remontent vers Paul Biya et, plus largement, les principaux leviers sécuritaires. La question est d’autant plus sensible que la DGRE dépend directement de la présidence.

Jean-Pierre Robins Ghoumo se retrouve au centre de ces rapports de force. Selon des informations initialement rapportées par Jeune Afrique et reprises par plusieurs médias en mai 2026, Franck Biya, fils du chef de l’État, aurait exprimé son mécontentement à son égard, notamment à cause de fuites d’informations. Certains cadres seraient parallèlement restés proches de son prédécesseur Eko Eko. Paul Biya n’a toutefois pas remplacé Ghoumo.

Cette bataille ne peut donc pas être réduite à deux « clans » clairement constitués. Les alliances sont mouvantes et une grande partie des informations disponibles provient de sources anonymes ou d’acteurs directement engagés dans ces rivalités.

Des accusations spectaculaires qui restent à démontrer

La crise a pris une nouvelle dimension durant l’été 2026 avec les déclarations de Kenneth Romuald Effoudou Awussi, ancien responsable du renseignement au sein de l’état-major particulier de la présidence. Depuis l’étranger, cet ancien officier a lancé de graves accusations contre Ferdinand Ngoh Ngoh, ministre d’État et secrétaire général de la présidence.

Effoudou affirme notamment qu’une « guerre ouverte mais silencieuse » opposait depuis 2019 Ngoh Ngoh à Eko Eko et que la DGRE aurait subi des restrictions budgétaires. Il accuse également le secrétariat général d’avoir cherché à contrôler les circuits du renseignement et soutient que certaines notes auraient été interceptées ou réécrites avant d’atteindre Paul Biya.

Ces déclarations doivent être traitées avec prudence. Elles n’ont pas été démontrées par une décision judiciaire et leur auteur est lui-même en conflit avec les autorités camerounaises. Certaines de ses accusations, notamment autour de l’assassinat de Martinez Zogo, sont particulièrement graves et restent contestées ou non établies.

Une fragmentation qui fragilise le renseignement camerounais

La crise de la DGRE révèle surtout un problème institutionnel plus large. Plusieurs structures produisent du renseignement au Cameroun, de la DGRE aux services de police, de gendarmerie et militaires, tandis que la présidence conserve plusieurs circuits sécuritaires. Lorsque ces réseaux deviennent concurrents, l’information elle-même constitue un instrument de pouvoir.

Le procès Martinez Zogo offre une illustration publique de ces dysfonctionnements. En septembre 2026, le contre-interrogatoire du colonel Jean-Pierre Otoulou, qui avait participé à l’enquête initiale, a encore exposé devant le tribunal les divergences sur ce que savait réellement Eko Eko et sur la circulation des informations au sein de la DGRE.

À mesure que les interrogations sur l’avenir du pouvoir se multiplient, contrôler les services signifie aussi disposer d’informations sur les adversaires, leurs réseaux et leurs intentions. La DGRE, autrefois chargée d’observer les menaces contre l’État, se retrouve ainsi prise dans les rivalités qu’elle était censée surveiller.

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