Trois mois après s’être rendu à Niamey pour rétablir le contact, Romuald Wadagni affronte son premier véritable test diplomatique. Le Niger vient de remettre le Bénin au centre d’accusations de déstabilisation liées aux événements militaires des 28 et 29 août. Cotonou dément catégoriquement et refuse, pour l’instant, l’escalade verbale. « Le Bénin n’est pas leur ennemi », répond le gouvernement béninois. Cette crise dira si la diplomatie du dialogue affichée par le nouveau président peut résister lorsque Niamey renoue avec les accusations qui avaient empoisonné les dernières années de Patrice Talon.
Romuald Wadagni refuse de répondre à Niamey par l’escalade
La crise entre le Bénin et le Niger a rebondi après la diffusion par la télévision nigérienne du témoignage du capitaine Roger Gabriel. Celui-ci évoque plusieurs projets présumés d’intervention extérieure après la tentative de déstabilisation de fin août. Le Bénin est cité aux côtés de la Côte d’Ivoire et de forces françaises. Ces accusations n’ont pas été étayées par des éléments permettant de les vérifier indépendamment.
Cotonou aurait pu répondre avec la même dureté. Le gouvernement a choisi une autre ligne.
Le porte-parole Wilfried Léandre Houngbédji a rejeté toute implication béninoise, tout en réaffirmant la volonté de normaliser les relations. Selon lui, les deux voisins sont condamnés à coexister et doivent privilégier les intérêts de leurs populations.
Cette réaction correspond à la doctrine défendue par Wadagni depuis son investiture. Dès son discours du 24 mai, il insistait sur la nécessité de coopérer avec les voisins sahéliens face au terrorisme. « Nous sommes condamnés à travailler ensemble », avait-il notamment déclaré.
Le choix du mot « condamnés » résume presque toute l’équation. Cotonou et Niamey peuvent être politiquement en désaccord, mais la géographie leur interdit de s’ignorer.
Le nouveau président avait fait de Niamey une priorité
Wadagni n’a pas attendu longtemps avant de tester cette stratégie. Le 2 juin, seulement neuf jours après son investiture, il s’est rendu à Niamey pour rencontrer le général Abdourahamane Tiani. Aucun président béninois n’avait effectué un tel déplacement depuis le coup d’État nigérien de juillet 2023.
Le symbole était puissant. Sous Patrice Talon, la relation bilatérale avait traversé une crise particulièrement dure.
Après le putsch, le Bénin avait appliqué les sanctions décidées par la CEDEAO. Niamey avait ensuite refusé de rouvrir sa frontière terrestre malgré leur levée. Les autorités nigériennes accusaient également Cotonou d’accueillir des installations militaires françaises susceptibles de servir contre leur pays. Le Bénin a toujours démenti ces accusations.
L’arrivée de Wadagni avait créé une fenêtre de décrispation. Le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine avait participé à son investiture. Puis la visite présidentielle de juin avait permis d’enclencher un processus destiné notamment à rouvrir la frontière.
Trois mois plus tard, les nouvelles accusations montrent combien ce rapprochement reste fragile.
Derrière la diplomatie, une frontière et du pétrole
Les deux pays disposent pourtant de puissantes raisons économiques pour éviter une nouvelle rupture.
Le Niger est enclavé. Son pétrole transite par le pipeline de près de 2 000 kilomètres reliant les champs d’Agadem au terminal de Sèmè-Kpodji, sur la côte béninoise. Pour Niamey, cette infrastructure constitue un débouché stratégique vers l’Atlantique.
La frontière compte également pour les commerçants et les populations des deux côtés. Sa fermeture prolongée a perturbé des circuits économiques anciens, particulièrement dans le nord du Bénin et le sud du Niger.
La crise actuelle constitue donc un test différent de la visite de juin. Se rendre à Niamey lorsque les deux gouvernements cherchent l’apaisement est relativement simple. Continuer à dialoguer lorsque l’autre camp vous accuse publiquement de participer à sa déstabilisation l’est beaucoup moins.
Wadagni doit aussi éviter deux écueils. Une réponse trop agressive pourrait effacer les progrès réalisés depuis mai. Une attitude trop conciliante pourrait, à l’inverse, donner l’impression que Cotonou accepte des accusations qu’il juge infondées.
Le premier test de sa diplomatie ne sera donc probablement pas de produire une réconciliation spectaculaire. Il sera de maintenir un canal politique ouvert sans renoncer à défendre la position béninoise.
Après dix années durant lesquelles il a construit sa réputation sur les finances publiques, Romuald Wadagni découvre ainsi une équation moins comptable. Avec Niamey, aucun des deux voisins ne peut véritablement se permettre la rupture. Toute sa doctrine consiste désormais à transformer cette interdépendance en dialogue durable.
