Des milliers de personnes ont manifesté samedi à Addis-Abeba pour protester contre des allégations de recrutement forcé de civils dans la région du Tigré. Les participants accusent le Front populaire de libération du Tigré (TPLF) d’enrôler des habitants, y compris des mineurs, dans un contexte de tensions persistantes entre les autorités régionales et le gouvernement fédéral.
Les ONG alertent sur des enrôlements de civils et de mineurs
Ces dernières semaines, plusieurs organisations de défense des droits humains ont fait part de leurs inquiétudes face à une présumée campagne de mobilisation forcée menée par les forces du TPLF.
Dans un rapport publié le 6 juillet, Human Rights Watch (HRW) affirme que des civils seraient enlevés et incorporés de force dans les rangs du mouvement depuis le mois d’avril. L’organisation indique avoir documenté six cas de recrutement forcé, évoquant un climat de peur qui s’installe dans la région. Elle affirme également que certains des jeunes concernés seraient âgés d’à peine 15 ans.
De son côté, Human Rights First-Ethiopia rapporte avoir recueilli les témoignages de 27 personnes, parmi lesquelles des familles de jeunes enrôlés contre leur gré ainsi que des individus ayant réussi à échapper à cette mobilisation.
Lors du rassemblement organisé dans la capitale, plusieurs manifestants ont exprimé leur inquiétude face aux conséquences de cette situation sur la jeunesse.
« Il est devenu impossible pour les jeunes d’étudier ou de travailler. Ils ont perdu toute tranquillité. Nous sommes sortis aujourd’hui pour dire : « Assez » », a déclaré Adanech Haile, participante à la manifestation.
Les manifestants réclament l’application de l’accord de paix de Pretoria
Au-delà des accusations de recrutement forcé, les manifestants ont appelé à la mise en œuvre intégrale de l’accord de paix de Pretoria, signé en novembre 2022 entre le gouvernement éthiopien et les forces tigréennes afin de mettre fin à deux années de conflit.
Selon Bahlbi Tsegaye, également présent lors du rassemblement, le TPLF freinerait l’application de cet accord tout en poursuivant les rafles de jeunes dans la région.
« Le parti politique au Tigré entrave la mise en œuvre de l’Accord de paix de Pretoria. En plus de cela, il procède à des rafles forcées de jeunes, les envoie vers le Soudan voisin via l’Érythrée et les expose à la guerre », a-t-il affirmé.
Cette mobilisation intervient alors que les tensions entre les autorités fédérales et les responsables du Tigré continuent de susciter des inquiétudes quant à une possible dégradation de la situation sécuritaire. Les accusations relayées par les ONG et les manifestants alimentent les craintes d’un retour de la violence dans une région encore marquée par les conséquences du conflit.
