Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, a fermement condamné un ouvrage de l’historienne française Séverine Awenengo Dalberto, intitulé »L’idée de la Casamance autonome – Possibles et dettes morales de la situation coloniale au Sénégal ». Ce livre, qu’il accuse de promouvoir l’autonomie de la région de la Casamance, ne sera pas autorisé ni diffusé au Sénégal. Sonko a exprimé ses critiques lors d’un meeting de campagne à Ziguinchor, le 1er novembre, déclarant qu’il s’agissait d’un « projet de déstabilisation ». Pour lui, la question de la Casamance n’est pas un sujet pour les observateurs étrangers, encore moins pour des chercheurs français, ajoutant que l’historienne ferait mieux de s’intéresser à des problématiques similaires en France, comme la Corse ou la Nouvelle-Calédonie.
Une critique virulente de l’implication de la France dans le débat
Lors de son discours, Ousmane Sonko a rappelé le positionnement historique de la France concernant la Casamance, notamment à travers Jacques Charpy dans les années 90, qui avait affirmé l’appartenance de cette région au Sénégal. Sonko a insinué que le gouvernement français, face à la montée d’un régime pro-sénégalais et souverainiste, pourrait tenter de réintroduire la question de l’autonomie en Casamance sous une forme déguisée. Il a dénoncé cette tentative de reposer la question en évoquant l’autonomie plutôt que l’indépendance. Pour Sonko, le Sénégal est un « État unitaire », et la même politique s’appliquera partout sur le territoire, de manière uniforme. Par cette prise de position, le Premier ministre a affirmé sa détermination à protéger l’unité nationale et à rejeter toute initiative perçue comme une ingérence extérieure.
Ousmane Sonko a également saisi cette occasion pour pointer du doigt la France, en évoquant les atrocités commises pendant la période coloniale au Sénégal. Il a réclamé l’ouverture des archives sur des événements tragiques, tels que le massacre des tirailleurs sénégalais en 1944 à Thiaroye. Selon lui, c’est sur ces questions historiques que la France devrait concentrer ses efforts en matière de recherche et de mémoire, plutôt que de revenir sur une autonomie prétendue de la Casamance. Sonko a insisté sur le fait que le Sénégal attend des informations sur les exécutions, les tortures et les travaux forcés infligés par les colons, des sujets qui, à ses yeux, concernent directement le passé de la nation et devraient être mis en lumière.
Une région au cœur des enjeux politiques et économiques du Sénégal
Depuis 1982, la Casamance est le théâtre de tensions persistantes, alimentées par les aspirations indépendantistes du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC). Cette région, séparée du reste du Sénégal par la Gambie, dispose de richesses naturelles et économiques considérables, ce qui en fait un enjeu stratégique pour le pays. Bien que des pourparlers aient eu lieu entre le gouvernement sénégalais et différentes factions du MFDC, une paix durable n’a jamais été obtenue. La position de Sonko sur la question de l’unité nationale résonne dans ce contexte délicat, où la stabilité de la Casamance demeure un défi majeur pour le Sénégal. Ce rejet d’un ouvrage perçu comme une incitation à l’autonomie reflète la volonté du gouvernement de préserver l’intégrité territoriale et de maintenir la souveraineté du pays face aux influences extérieures.
