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Or soudanais : l’angle mort des sanctions européennes

L’Union européenne interdit désormais l’achat et l’importation d’or soudanais afin d’assécher une source majeure de financement de la guerre. Mais les circuits clandestins, les pays de transit et la difficulté à établir l’origine réelle du métal pourraient réduire fortement l’efficacité de ces sanctions.

L’Union européenne s’attaque enfin à l’or soudanais

Depuis le 15 juillet 2026, l’Union européenne interdit l’achat, l’importation et le transfert d’or originaire du Soudan. Elle prohibe aussi l’exportation vers le pays de mercure et de cyanure, deux produits utilisés dans l’extraction aurifère. Bruxelles veut ainsi frapper directement l’économie qui alimente le conflit entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR).

Le dispositif va plus loin qu’un simple embargo sur les cargaisons expédiées directement depuis le Soudan. Le règlement européen couvre aussi l’or soudanais exporté vers un pays tiers après le 15 juillet, puis transféré vers l’Union. Sur le papier, le passage par Dubaï, Le Caire ou une autre place commerciale ne suffit donc pas à effacer l’interdiction.

La difficulté commence lorsque l’origine du métal devient impossible à démontrer. Après plusieurs transactions, un raffinage ou de nouveaux documents commerciaux, identifier une cargaison comme soudanaise peut devenir beaucoup plus complexe.

Une grande partie de la production échappe aux circuits officiels

L’or occupe une place centrale dans l’économie soudanaise. Les données de la société publique chargée des ressources minières font état de 70,15 tonnes produites en 2025. Pourtant, la Banque centrale n’a enregistré qu’environ 14,7 tonnes d’exportations officielles, pour 1,536 milliard de dollars.

L’écart ne correspond pas nécessairement entièrement à de la contrebande. Des stocks, la consommation locale et des différences méthodologiques peuvent expliquer une partie de la divergence. Surtout, les statistiques officielles de production ne couvrent pas certaines zones contrôlées par les FSR ou d’autres groupes armés.

Le commerce clandestin reste néanmoins massif. Chatham House estime que les réseaux aurifères transfrontaliers bénéficient aux deux principaux camps et que l’essentiel de l’or artisanal finit aux Émirats arabes unis, directement ou via des pays voisins comme le Tchad, l’Égypte ou le Soudan du Sud.

Dubaï complique la traçabilité de l’or

C’est là que se trouve le principal angle mort des sanctions européennes. Selon SWISSAID, les Émirats arabes unis ont importé directement 29 tonnes d’or du Soudan en 2024, contre 17 tonnes en 2023. Ils ont parallèlement reçu d’importantes quantités d’or d’Égypte, du Tchad et de Libye, pays cités parmi les routes régionales utilisées par le commerce soudanais.

L’ONG avertit donc qu’un métal sorti clandestinement du Soudan peut être intégré à des circuits commerciaux régionaux avant d’atteindre les grands centres mondiaux de raffinage. L’enjeu devient alors moins l’existence de l’interdiction que la capacité des importateurs à reconstruire toute la chaîne d’approvisionnement.

Le cas suisse illustre ce risque. La Suisse, qui ne fait pas partie de l’UE mais s’est alignée sur ses sanctions le 10 septembre, a importé 420 tonnes d’or des Émirats en 2025. SWISSAID estime que l’opacité entourant l’origine réelle d’une partie de ces volumes constitue un risque majeur pour l’application des nouvelles restrictions.

Les sanctions ciblées pourraient devenir décisives

L’Union européenne devra donc compléter son embargo par des contrôles renforcés sur les négociants, sociétés écrans, raffineries et intermédiaires financiers. Le Parlement européen avait déjà demandé une traçabilité couvrant l’ensemble de la chaîne de possession de l’or entrant sur le marché européen.

Le Royaume-Uni a choisi une approche différente le 16 juillet. Londres a sanctionné onze personnes et entreprises soupçonnées d’appartenir à des réseaux de financement, d’approvisionnement ou de commerce de l’or liés aux FSR ou à l’armée soudanaise, dont certaines structures opérant depuis les Émirats et Hong Kong.

Pour The Sentry, l’interdiction européenne risque surtout de pousser davantage les transactions vers le marché noir si elle n’est pas accompagnée de sanctions contre les réseaux eux-mêmes. Le véritable test sera donc la traçabilité : empêcher qu’un or extrait au Soudan perde son identité après quelques frontières avant de réapparaître légalement sur les marchés internationaux.

Monge BANKOLE
Monge BANKOLE
Journaliste passionné depuis une dizaine d'années, je m’intéresse aux grands enjeux de notre époque et à l’évolution du monde contemporain. Mon objectif est de proposer une information claire, fiable et accessible à tous, en mettant en lumière des sujets variés qui nourrissent la réflexion et favorisent une meilleure compréhension de l’actualité.
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