Près de quatre ans après l’accord de Pretoria, le risque d’une nouvelle guerre dans le Tigré redevient sérieux. Les affrontements d’août, suivis de nouvelles frappes de drones en septembre, montrent que la paix entre Addis-Abeba et les autorités tigréennes tient désormais à un fil.
Les combats d’août ont brisé un équilibre déjà fragile
Le 1er août, des affrontements ont éclaté autour de Shererina, dans l’ouest du Tigré, près de la frontière soudanaise. Ils ont opposé l’armée fédérale éthiopienne à des forces tigréennes et figurent parmi les incidents les plus graves depuis la fin de la guerre de 2020-2022. Chaque camp a accusé l’autre d’avoir déclenché les hostilités.
La situation s’est ensuite partiellement désamorcée, sans véritable règlement. Les forces fédérales et tigréennes ont maintenu des positions militaires importantes dans plusieurs secteurs disputés. Cette concentration de troupes augmente le risque qu’un incident local dégénère en affrontement beaucoup plus large.
Surtout, la violence ne s’est pas arrêtée en août. Le 8 septembre, les autorités tigréennes ont accusé le gouvernement fédéral d’une nouvelle frappe de drone dans le district de Hintalo, au sud de Mekelle. ACLED a indiqué à l’AFP que plusieurs frappes avaient visé des bus transportant des soldats tigréens et fait des victimes parmi les combattants et les civils. L’armée fédérale n’avait pas répondu aux sollicitations de l’agence.
L’accord de Pretoria n’a jamais réglé les dossiers les plus explosifs
Signé le 2 novembre 2022 sous l’égide de l’Union africaine, l’accord de Pretoria avait mis fin aux combats à grande échelle. Il prévoyait notamment une cessation permanente des hostilités, le désarmement des forces tigréennes et un processus politique destiné à normaliser les relations entre Mekelle et Addis-Abeba.
Mais plusieurs questions centrales restent sans solution. Le contrôle de l’ouest du Tigré demeure contesté entre les régions du Tigré et de l’Amhara. Le retour de centaines de milliers de déplacés reste également incomplet, tandis que le désarmement et la réintégration des combattants tigréens n’ont pas été menés à leur terme.
Les tensions politiques se sont encore aggravées depuis 2025. Le TPLF a repris le contrôle des institutions régionales et Addis-Abeba lui a retiré son statut légal de parti politique. En avril 2026, le mouvement a annoncé le rétablissement de l’ancienne assemblée du Tigré, une décision interprétée par ses adversaires comme une remise en cause de l’architecture politique issue de Pretoria.
L’Érythrée ajoute une dimension régionale au risque de guerre
Une nouvelle guerre dans le Tigré pourrait rapidement dépasser les frontières de la région. Les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée se sont fortement détériorées, alors que les deux pays avaient combattu dans le même camp contre les forces tigréennes entre 2020 et 2022.
Addis-Abeba accuse désormais Asmara de soutenir des groupes armés dans le Tigré et d’avoir commis des actes « d’agression militaire ». L’Érythrée rejette ces accusations, qu’elle qualifie de « fausses et fabriquées ». Les ambitions affichées par le Premier ministre Abiy Ahmed pour améliorer l’accès de son pays enclavé à la mer Rouge nourrissent également la méfiance érythréenne.
Cette recomposition est particulièrement dangereuse. L’Érythrée n’était pas signataire de l’accord de Pretoria, alors même que son armée avait joué un rôle majeur pendant la précédente guerre. Une confrontation entre Addis-Abeba et Mekelle pourrait donc se combiner avec les tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée.
La médiation peine à empêcher une nouvelle escalade
Les tentatives diplomatiques n’ont pour l’instant pas permis de rétablir un véritable dialogue. Fin août, Olusegun Obasanjo, ancien président nigérian et figure centrale de la médiation de 2022, s’est rendu à Mekelle. Selon les autorités tigréennes citées par l’AFP, sa mission n’a toutefois pas permis d’ouvrir de nouvelles discussions directes avec le gouvernement fédéral.
L’Union africaine avait déjà appelé les parties à faire preuve d’une « retenue maximale » et à régler leurs différends par le dialogue. Human Rights Watch a renouvelé l’alerte le 9 septembre, estimant que la montée des tensions constituait un test majeur pour la capacité de prévention des conflits de l’organisation panafricaine.
Une nouvelle guerre n’est donc pas encore inévitable. Mais les affrontements, les frappes de drones, les mobilisations militaires et l’échec persistant à appliquer les dispositions essentielles de Pretoria ont considérablement réduit les marges de sécurité. Dans une région encore profondément marquée par le conflit précédent, le prochain incident pourrait être beaucoup plus difficile à contenir.


