AccueilActualitésCacao à Madagascar : les clés d’une filière haut de gamme

Cacao à Madagascar : les clés d’une filière haut de gamme

Le cacao à Madagascar pèse peu face aux géants mondiaux, mais il occupe une place singulière sur le marché du cacao fin. Concentrée autour d’Ambanja, la filière mise surtout sur la qualité des fèves, leur profil aromatique et une transformation locale encore limitée.

Le Sambirano, cœur du cacao à Madagascar

La production malgache se concentre dans la vallée du Sambirano, au nord-ouest du pays, dans la région Diana. Ce bassin autour d’Ambanja bénéficie d’un climat humide, de sols fertiles et d’un savoir-faire ancien dans la culture, la fermentation et le séchage des fèves.

La réputation du cacao malgache repose aussi sur son profil aromatique. L’Organisation internationale du cacao classe 100 % des exportations de fèves de Madagascar dans la catégorie des cacaos fins ou aromatiques, selon la décision adoptée en avril 2024.

Ce statut constitue un avantage commercial important. Le cacao fin vise notamment les chocolatiers spécialisés qui recherchent des origines identifiables, une acidité marquée et des notes fruitées. La qualité dépend toutefois fortement des pratiques post-récolte, en particulier de la fermentation et du séchage.

Des exportations modestes, mais à forte valeur

Madagascar reste un petit acteur à l’échelle mondiale. Les données commerciales disponibles montrent toutefois l’importance croissante des ventes de fèves.

En 2024, le pays a exporté environ 13 368 tonnes de fèves de cacao, pour une valeur de près de 68 millions de dollars, selon les données UN Comtrade diffusées par la Banque mondiale. Les Pays-Bas représentaient la première destination, devant la Malaisie, la Belgique, l’Espagne et l’Inde.

Ces volumes restent très éloignés de ceux des grands producteurs africains. À titre de comparaison, la Côte d’Ivoire demeure de très loin le premier exportateur mondial de fèves. Madagascar se distingue donc moins par la quantité que par son positionnement premium.

Cette stratégie a aussi profité de la flambée mondiale des cours. L’ICCO estime que le prix indicateur moyen du cacao a atteint 6 612 dollars la tonne durant la campagne 2024-2025, soit environ 39 % de plus que lors de la campagne précédente.

Une filière dominée par les petits producteurs

Le cacao malgache repose en grande partie sur des exploitations familiales et des réseaux de producteurs. Plusieurs coopératives se sont structurées autour d’Ambanja afin d’améliorer la qualité, la traçabilité et l’accès aux acheteurs internationaux.

L’Union des coopératives Lazan’ny Sambirano, par exemple, regroupe 465 producteurs biologiques répartis dans 23 coopératives locales. Elle intervient notamment sur la fermentation, le séchage, le stockage et la commercialisation à l’export.

La maîtrise de ces étapes reste essentielle. Un cacao récolté au bon stade peut perdre une partie de sa valeur si la fermentation est irrégulière ou si le séchage est mal réalisé. Dans le Sambirano, certains opérateurs visent ainsi une humidité finale proche de 7,5 % avant le conditionnement et l’exportation.

La filière doit aussi composer avec des enjeux de traçabilité, d’infrastructures rurales et d’adaptation climatique. Des programmes consacrés à un cacao plus durable travaillent notamment sur la gouvernance du secteur et la vulnérabilité de la zone du Sambirano aux risques climatiques.

La transformation locale devient un enjeu stratégique

Une grande partie de la valeur du cacao est encore créée après l’exportation des fèves. Pour Madagascar, développer davantage la transformation locale pourrait donc accroître les revenus générés par la filière.

Des investissements commencent à apparaître. Une unité inaugurée à Ambanja en 2024 annonçait une capacité d’au moins 100 tonnes par an de produits semi-finis destinés à l’exportation. Elle travaille avec des coopératives représentant près de 1 500 cultivateurs.

Cette orientation figure désormais parmi les priorités affichées par les acteurs du secteur. Lors d’échanges internationaux en 2026, des représentants malgaches ont insisté sur la nécessité de mieux structurer la filière et de transformer davantage le cacao dans le pays. « Transformer le cacao chez nous, c’est garder la richesse au pays et créer des emplois durables », a déclaré un responsable du secteur cité par L’Express de Madagascar.

Le défi consiste donc à augmenter la valeur créée localement sans affaiblir le principal avantage compétitif du pays : une origine reconnue pour la qualité de ses fèves.

Jérôme-loick ADEGBOLA
Jérôme-loick ADEGBOLA
Rédacteur web passionné, je couvre l'actualité africaine et les grandes tendances mondiales. Je produis des contenus variés et hautement optimisés SEO, pensés pour être lus et trouvés sur Google.
ARTICLES SIMILAIRES