Quatre ans après son inauguration, la statue de l’Amazone de Cotonou dépasse sa fonction de monument historique pour incarner une ambition contemporaine : renforcer le leadership féminin au Bénin. Alors que les initiatives en faveur de l’autonomisation des femmes se multiplient, cette guerrière monumentale rappelle le chemin qui reste à parcourir entre reconnaissance symbolique et égalité réelle.
L’Amazone de Cotonou, héritage d’un pouvoir féminin historique
Inaugurée le 30 juillet 2022, la statue de l’Amazone s’élève à 30 mètres au-dessus de l’esplanade située près du palais de la Marina. Cette œuvre de 150 tonnes représente une combattante de l’ancien royaume de Danxomè, armée et prête à avancer.
Elle rend hommage aux Agoodjiés, également appelées Minons, ces femmes qui constituaient un corps militaire du royaume jusqu’à la fin du XIXe siècle.
Selon l’histoire officielle présentée autour du monument, ce corps trouve ses origines sous le règne de la reine Tassi Hangbé, entre 1708 et 1711. Il fut ensuite restructuré sous le roi Guézo au XIXe siècle.
Ces guerrières exerçaient des responsabilités militaires dans une société où le pouvoir politique restait principalement monarchique et masculin.
Leur parcours témoigne d’une réalité historique importante : les femmes ont aussi participé à la défense, à l’organisation et aux rapports de pouvoir des sociétés africaines précoloniales.
Cette mémoire mérite toutefois une lecture nuancée. Le royaume de Danxomè a également participé à des guerres de conquête et à la traite des esclaves. Célébrer les combattantes ne signifie donc pas idéaliser l’ensemble de cette histoire.
Un manifeste pour la femme béninoise d’aujourd’hui
L’Amazone de Cotonou propose une autre représentation de la féminité. Elle montre une femme debout, puissante et capable d’assumer des responsabilités traditionnellement associées aux hommes.
Cette symbolique rejoint les aspirations de nombreuses Béninoises engagées dans l’entrepreneuriat, l’administration, la politique, l’agriculture ou les technologies.
Mais le leadership féminin ne se résume pas à la détermination individuelle. Il dépend aussi de l’accès à l’éducation, aux financements, aux réseaux professionnels et aux responsabilités.
Cette réalité était au cœur du troisième Forum national des femmes leaders, organisé les 29 et 30 septembre 2026 à Cotonou.
Les discussions ont notamment porté sur plusieurs obstacles persistants :
- L’accès limité de certaines entrepreneures aux financements et aux marchés.
- Les difficultés d’acquisition des compétences professionnelles et numériques.
- La sous-représentation des femmes dans les espaces de décision économique.
- Le poids des normes sociales sur les parcours professionnels féminins.
Ces préoccupations montrent que la reconnaissance de la contribution des femmes doit encore se traduire par des opportunités concrètes.
L’Amazone devient ainsi un symbole particulièrement actuel : elle représente une capacité d’action dont l’exercice dépend encore des conditions sociales et économiques.
Leadership féminin au Bénin : des avancées encore insuffisantes
La participation politique constitue un indicateur révélateur de cette évolution.
À l’issue des élections législatives de janvier 2026, 28 femmes ont obtenu un siège à l’Assemblée nationale sur 109 députés. Elles représentent ainsi environ 25,7 % des élus.
Cette présence marque une progression par rapport aux périodes antérieures à l’instauration des sièges réservés aux femmes.
Cependant, la parité reste éloignée.
Le défi ne consiste pas seulement à augmenter le nombre de femmes élues. Il concerne aussi leur capacité à exercer des responsabilités, à influencer les décisions et à défendre leurs priorités.
Du 31 août au 2 septembre 2026, près de 500 femmes leaders politiques se sont réunies à Nikki, aux côtés de délégations du Togo et de Côte d’Ivoire.
Ces rencontres intergénérationnelles ont placé l’efficacité du leadership féminin au centre des échanges.
Elles illustrent une évolution importante : la réflexion ne porte plus uniquement sur l’accès des femmes aux institutions, mais également sur les résultats de leur participation.
De la statue à l’action, le défi des nouvelles Amazones
La portée de l’Amazone dépend finalement de ce que la société béninoise fait du message qu’elle représente.
Le monument offre aux jeunes filles une figure historique à laquelle elles peuvent s’identifier. Il rappelle que l’autorité, le courage et l’esprit d’initiative ne sont pas des qualités réservées aux hommes.
Mais transformer cette inspiration en progrès durable exige davantage que des célébrations.
L’accompagnement des entrepreneures, le mentorat, l’accès aux responsabilités publiques et la lutte contre les discriminations restent des leviers essentiels.
Il importe également de ne pas enfermer les femmes dans une obligation permanente de force ou de sacrifice. Le leadership féminin suppose avant tout la liberté de choisir, de décider et de réussir dans des conditions équitables.
Au cœur de Cotonou, l’Amazone demeure donc bien plus qu’une attraction touristique. Elle incarne une mémoire nationale et une interrogation contemporaine sur le partage du pouvoir.
Le véritable hommage aux Amazones d’hier sera de permettre aux femmes d’aujourd’hui d’exercer pleinement leurs talents, leurs droits et leurs responsabilités.

