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De Tasi Hangbé à la place de l’Amazone : L’hommage du Bénin à ses guerrières

De la reine Tasi Hangbé, figure historique du Dahomey, à la statue de l’Amazone érigée à Cotonou, le Bénin célèbre plusieurs siècles de courage féminin. Inauguré le 30 juillet 2022, ce monument de 30 mètres rappelle l’histoire des Agodjié, ces combattantes qui occupaient une place exceptionnelle dans l’armée royale.

Tasi Hangbé, la reine à l’origine des Amazones du Dahomey

L’histoire des Amazones du Dahomey est étroitement liée à Tasi Hangbé, considérée dans la tradition béninoise comme l’une des premières femmes à avoir exercé le pouvoir suprême dans le royaume.

Sœur jumelle du roi Akaba, elle aurait accédé au trône après la mort de celui-ci, en 1708. Son règne est généralement situé entre 1708 et 1711, même si les historiens discutent encore de sa chronologie exacte.

La tradition orale lui attribue un rôle fondateur dans l’organisation des premières unités militaires féminines. Elle aurait encouragé des femmes à participer à la défense du royaume, ouvrant la voie à un corps militaire devenu célèbre.

Plusieurs éléments caractérisent son héritage :

  • Son accession au pouvoir dans une monarchie dominée par les hommes.
  • Son rôle présumé dans l’organisation des combattantes.
  • Sa participation, selon les traditions, aux affaires militaires.
  • Son effacement progressif des récits dynastiques officiels.

Son histoire reste toutefois difficile à reconstituer. Les traditions orales constituent une part importante des connaissances disponibles, tandis que les documents contemporains de son règne sont rares.

Des guerrières de Hangbé aux régiments du roi Guézo

Les Amazones, appelées Agodjié ou Minons, deviennent progressivement une composante essentielle de l’armée du Dahomey. Leur développement militaire s’accélère particulièrement sous le roi Guézo, qui règne de 1818 à 1858.

Ce souverain renforce l’organisation des unités féminines et leur donne une place importante dans ses campagnes militaires.

Les combattantes suivent un entraînement exigeant. Elles apprennent à manier les armes, à supporter les épreuves physiques et à respecter une discipline rigoureuse.

Au XIXe siècle, leurs effectifs atteignent plusieurs milliers de femmes selon différentes estimations historiques.

Ces soldats participent aux conquêtes du Dahomey, mais leur histoire comporte aussi des aspects douloureux. Certaines expéditions militaires sont liées à la capture de prisonniers et à la traite esclavagiste.

À la fin du siècle, les Agodjié affrontent les forces coloniales françaises. Lors des guerres de 1890 et 1892, elles combattent aux côtés des autres troupes du roi Béhanzin.

La conquête française du royaume entraîne finalement la disparition progressive de ce corps militaire.

Malgré cette défaite, leur mémoire se transmet à travers les générations.

La statue de l’Amazone à Cotonou, un hommage monumental

Plus d’un siècle après la disparition des régiments féminins, le Bénin choisit de leur consacrer un monument national.

Le projet est acté en Conseil des ministres le 17 juillet 2019. Trois ans plus tard, le président Patrice Talon inaugure la statue de l’Amazone, le 30 juillet 2022.

Installée sur l’esplanade des Amazones, derrière le palais de la Marina, la sculpture domine le paysage de Cotonou.

Haute de 30 mètres hors socle, elle possède une structure métallique recouverte de bronze. Son poids atteint environ 150 tonnes.

La statue représente une guerrière dans une posture déterminée. Ses armes, sa tenue et son expression évoquent la puissance militaire des Agodjié.

Elle ne constitue cependant pas un portrait de Tasi Hangbé. Elle rend hommage à l’ensemble des combattantes du Dahomey et représente symboliquement les femmes béninoises.

Lors de son inauguration, Patrice Talon a rappelé que le courage, la force et l’honneur n’étaient pas des qualités exclusivement masculines.

Ce message donne au monument une signification qui dépasse la simple commémoration militaire.

Un symbole de mémoire et de fierté pour les femmes béninoises

La statue de l’Amazone s’inscrit dans une politique de valorisation du patrimoine historique et culturel du Bénin.

Elle participe à la transformation de Cotonou en destination touristique et offre un nouveau lieu de découverte aux visiteurs.

Mais son importance est également éducative.

À travers cette figure monumentale, les nouvelles générations peuvent découvrir l’histoire des femmes qui ont exercé des responsabilités militaires et politiques dans le Dahomey.

Le parcours de Tasi Hangbé rappelle notamment que certaines femmes ont occupé des positions de pouvoir bien avant l’époque contemporaine.

Cette mémoire exige néanmoins une approche historique nuancée. Le courage des Agodjié ne doit pas faire oublier les guerres de conquête auxquelles elles ont participé.

Entre mémoire royale, résistance à la colonisation et reconnaissance du rôle féminin, le monument rassemble plusieurs dimensions de l’identité béninoise.

De Tasi Hangbé à l’esplanade des Amazones, le Bénin réinscrit ainsi ses guerrières dans son récit national. La statue rappelle leur existence tout en proposant aux femmes d’aujourd’hui un symbole de détermination, de dignité et de transmission.

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