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Togo : dans les Savanes, l’exil vers l’or laisse des familles dans l’angoisse

L’orpaillage des jeunes Togolais est devenu une échappatoire pour une partie de la jeunesse des Savanes, confrontée au manque d’emplois et à la pauvreté. Derrière l’espoir de gagner rapidement de l’argent au Burkina Faso, au Mali, au Ghana ou en Côte d’Ivoire se cachent pourtant des accidents, des disparitions et des familles qui attendent parfois pendant des mois.

Les mines d’or attirent les jeunes des Savanes

À Dapaong et dans les localités rurales du nord du Togo, partir « se chercher » ailleurs est devenu une option pour certains jeunes sans activité stable. Les sites aurifères des pays voisins offrent la perspective de revenus difficiles à obtenir localement.

Des centaines de jeunes quitteraient ainsi chaque année les Savanes pour travailler dans des mines clandestines au Ghana, au Burkina Faso ou au Mali. Certains reviennent avec une moto, de l’argent ou des biens qui entretiennent, auprès de ceux restés au village, l’image d’une aventure susceptible de changer une vie.

Mais les réussites visibles masquent une réalité beaucoup plus incertaine. Les travailleurs évoluent souvent dans des exploitations artisanales ou illégales, avec peu de protections et sans véritable contrat.

En septembre, de jeunes Togolais employés dans l’orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire se sont par exemple retrouvés sans travail ni hébergement après le durcissement de la lutte contre cette activité. Certains, originaires de Mandouri, auraient même dû solliciter leurs familles pour financer leur retour.

Derrière chaque départ, une famille reste au Togo

Les conséquences ne s’arrêtent pas aux frontières des sites miniers. Dans les villages, les épouses, parents et enfants peuvent rester longtemps sans nouvelles lorsque les communications deviennent difficiles.

Le phénomène bouleverse aussi l’organisation familiale. Des témoignages recueillis dans les Savanes décrivent des femmes qui élèvent seules leurs enfants après le départ de leur conjoint vers les zones aurifères. Certaines migrations durent plusieurs années et peuvent finir par rompre presque totalement les liens avec le foyer.

À cela s’ajoute la peur de l’accident. Les mines artisanales exposent les travailleurs aux effondrements de galeries et à d’autres conditions dangereuses. La situation sécuritaire au Burkina Faso et au Mali ajoute un risque supplémentaire.

Pour les proches, la frontière entre migration économique et disparition peut alors devenir ténue. L’absence prolongée de nouvelles laisse parfois les familles sans savoir si leur fils ou leur conjoint travaille toujours, s’il est blessé ou s’il pourra rentrer.

La pauvreté pousse au départ

Cette ruée vers l’or s’explique d’abord par la fragilité économique du nord togolais. La région des Savanes cumule pauvreté structurelle, faiblesse des infrastructures et accès limité à certains services essentiels.

Les difficultés alimentaires accentuent la pression. FEWS NET constatait encore en 2026 que certains ménages du nord se tournaient vers des activités précaires pour traverser la période de soudure. La FAO estime également qu’environ 45 % des personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë de niveau « crise » au Togo se trouvent dans les Savanes.

Pour un jeune sans emploi stable, les quelques centaines de milliers de francs CFA qu’un proche affirme avoir gagnés dans une mine peuvent donc représenter une perspective difficile à ignorer.

Le problème ne se résume ainsi pas à l’attrait de l’or. La migration devient parfois une stratégie économique lorsque les possibilités de gagner sa vie localement paraissent insuffisantes.

L’insécurité aggrave encore la situation

À cette pauvreté s’ajoute désormais la crise sécuritaire venue du Sahel. L’état d’urgence instauré dans les Savanes en 2022 a été prolongé jusqu’au 13 mars 2027 en raison de la persistance de la menace terroriste.

Les conséquences humanitaires sont considérables. La Banque africaine de développement recensait cet été plus de 55 000 réfugiés et près de 16 000 déplacés internes dans la région. Plus de 1,9 million de personnes seraient directement ou indirectement affectées par la pression exercée sur les ressources, les infrastructures et les services.

Cette situation crée un paradoxe. Les jeunes fuient une région fragilisée par l’insécurité pour rejoindre parfois le Burkina Faso ou le Mali, deux pays où les zones aurifères peuvent elles-mêmes se trouver confrontées à de graves menaces sécuritaires.

L’or devient alors moins une promesse d’enrichissement qu’un arbitrage entre plusieurs formes de précarité.

Créer des alternatives au départ devient un enjeu sécuritaire

Les autorités et leurs partenaires multiplient désormais les programmes de résilience dans les Savanes. Le gouvernement, l’Union européenne et Plan International ont notamment lancé « Savanes Kpaadu », qui doit renforcer les perspectives socio-économiques et la cohésion des communautés affectées par la crise.

L’enjeu dépasse la lutte contre l’émigration économique. Une jeunesse sans emploi, exposée aux trafics et obligée de circuler dans des zones instables, représente également une vulnérabilité dans un contexte d’expansion des groupes armés au Sahel.

Pour freiner l’orpaillage des jeunes Togolais à l’étranger, avertir sur les dangers des mines ne suffira donc probablement pas. Tant que l’aventure aurifère semblera offrir davantage de perspectives que le village, des jeunes continueront de partir et leurs familles de vivre dans l’attente de leur retour.

Leonce HOUNLIHO
Leonce HOUNLIHO
Passionné du sport et de l'actualité people, Léonce HOUNLIHO a découvert le domaine des relations internationales, il l'a saisi et ne la lâchera plus jamais !
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