Le pétrole et gaz au Sénégal entrent dans une nouvelle phase. Après avoir remis à plat plusieurs contrats conclus sous les précédents gouvernements, Dakar veut proposer 109 blocs aux investisseurs locaux et étrangers afin de relancer massivement l’exploration.
Le Sénégal met 109 blocs pétroliers et gaziers sur le marché
Le ministre de l’Énergie, du Pétrole et des Mines, El Hadji Abdourahmane Diouf, a annoncé l’organisation d’un roadshow destiné à présenter les opportunités du bassin sénégalais aux investisseurs.
Selon le nouveau découpage présenté par les autorités, le pays compte désormais 113 blocs pétroliers et gaziers. Seulement quatre sont actuellement couverts par des contrats. Les 109 autres doivent donc être proposés au marché.
L’ampleur de cette ouverture est considérable. Elle intervient alors que l’exploration reste coûteuse et risquée. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a récemment rappelé qu’un seul projet peut nécessiter plusieurs milliards de dollars d’investissements, sans garantie de découverte commercialement exploitable.
Dakar ne compte donc pas se passer des capitaux étrangers. Le gouvernement veut toutefois que les entreprises sénégalaises occupent une place plus importante dans cette nouvelle phase. « Le plan du président est de créer des leaders locaux dans les secteurs de l’énergie, du pétrole et du gaz », a expliqué Abdourahmane Diouf.
Un nouveau découpage après la remise en cause des anciens contrats
Le chiffre de 113 blocs marque également une évolution importante. Le site du ministère présente encore l’ancien découpage du bassin sédimentaire en 32 blocs, dont 25 offshore et sept onshore.
La multiplication des blocs résulte notamment d’un redimensionnement des périmètres. Le gouvernement estimait que certains anciens blocs étaient trop vastes et ne correspondaient plus aux standards qu’il souhaitait appliquer.
En mars, l’exécutif avait annoncé la résiliation de plusieurs contrats. Il citait notamment Djiender, Djiffer Offshore, Kayar Offshore Profond, Kayar peu profond, Saint-Louis peu profond et Rufisque Offshore.
Cette politique s’inscrit dans la révision plus large des conventions conclues dans les secteurs stratégiques. Depuis son arrivée au pouvoir, le président Bassirou Diomaye Faye défend une meilleure maîtrise nationale des ressources naturelles et une augmentation des retombées économiques pour l’État.
Dakar veut renégocier sans fermer la porte aux compagnies étrangères
La nouvelle campagne d’investissement révèle toutefois un équilibre délicat. Le Sénégal remet en question certains anciens accords, mais il a simultanément besoin des groupes capables de financer l’exploration.
Cette réalité apparaît particulièrement dans le pétrole et le gaz. Forages offshore, études sismiques, infrastructures sous-marines et installations de production exigent des capitaux considérables.
Le gouvernement cherche donc moins à évincer les investisseurs internationaux qu’à modifier les conditions de leur participation.
Cette stratégie concerne également les contrats existants. En mars, l’ancien gouvernement avait notamment annoncé des discussions sur Grand Tortue Ahmeyim (GTA), le gigantesque projet gazier partagé avec la Mauritanie. Il souhaitait obtenir davantage de gaz pour alimenter le marché sénégalais.
Le nouvel exécutif maintient cette priorité. L’objectif annoncé consiste désormais à approvisionner la Senelec en gaz naturel liquéfié issu de GTA dès janvier 2027 afin de réduire les coûts de production électrique.
Yaakaar-Teranga reste au cœur de la stratégie gazière
Le dossier Yaakaar-Teranga illustre aussi cette nouvelle politique. Ce gisement gazier est considéré comme stratégique pour l’approvisionnement énergétique du Sénégal et son projet Gas-to-Power.
Les autorités veulent utiliser davantage les hydrocarbures pour satisfaire les besoins nationaux avant de privilégier les exportations. Yaakaar-Teranga doit notamment soutenir la production d’électricité et, à terme, l’industrialisation.
Le gouvernement devra néanmoins résoudre plusieurs questions contractuelles. Le Premier ministre a récemment évoqué environ 55 millions de dollars d’indemnités qui devraient revenir à l’État après l’expiration du précédent contrat en juillet 2026.
Cette prudence montre que la révision des contrats n’est pas terminée. Dakar cherche désormais à mieux valoriser les actifs récupérés avant de conclure de nouveaux partenariats.
Le défi sera désormais d’attirer suffisamment d’investisseurs
L’ouverture de 109 blocs ne garantit évidemment pas 109 nouveaux projets. Les compagnies sélectionneront les zones selon leur potentiel géologique, leurs coûts, les conditions fiscales et la stabilité du cadre réglementaire.
Le Sénégal dispose néanmoins d’un avantage. Les découvertes réalisées depuis 2014 ont déjà confirmé le potentiel de son bassin, avec notamment Sangomar pour le pétrole et GTA, Teranga et Yaakaar pour le gaz.
La prochaine étape consistera donc à transformer cet intérêt géologique en investissements réels. Le défi pour le pétrole et gaz au Sénégal sera surtout de concilier trois objectifs parfois difficiles à réunir : attirer les milliards nécessaires à l’exploration, renforcer les entreprises nationales et obtenir de meilleures retombées économiques pour le pays.
