Ancien associé de Deloitte et ministre de l’Économie et des Finances pendant dix ans, Romuald Wadagni dirige désormais le Bénin avec une réputation de technocrate. Depuis son investiture le 24 mai 2026, son programme montre comment cette culture du résultat pourrait s’appliquer à deux secteurs moins facilement mesurables que les finances publiques : l’école et la culture. Gratuité scolaire, suivi numérique des élèves, rémunération d’artistes sélectionnés ou économie de la création, le nouveau président veut transformer ces politiques en investissements dont les résultats peuvent être suivis.
Romuald Wadagni veut suivre l’élève jusqu’à son premier emploi
Le programme éducatif de Romuald Wadagni porte la marque d’une gestion par les données. Son projet prévoit notamment un identifiant unique et un livret scolaire numérique pour chaque apprenant. L’objectif est de suivre scolarisation, assiduité et parcours jusqu’à l’université et, à terme, l’insertion professionnelle.
Cette approche ne reste déjà plus au stade des promesses électorales. Le 3 juin, le gouvernement a décidé de généraliser dès la rentrée 2026-2027 la gratuité du secondaire public général et technique pour les filles. Une enveloppe de 20 milliards de FCFA doit également apporter eau potable et électricité aux établissements qui en sont encore dépourvus.
Le programme poursuit parallèlement la transformation de l’enseignement technique. Il prévoit des formations davantage alignées sur l’agriculture, la santé, le numérique et les autres secteurs considérés comme créateurs d’emplois. Des campus numériques sont annoncés à Cotonou, Parakou, Natitingou, Porto-Novo et Abomey-Calavi.
La logique est claire : l’école ne doit plus seulement produire des diplômés, mais des compétences correspondant aux besoins économiques du pays.
Le risque existe toutefois de réduire sa réussite à des indicateurs. Un taux d’admission ou un nombre de diplômés mesure une partie de la performance scolaire, pas nécessairement la qualité des apprentissages, l’esprit critique ou les inégalités entre territoires.
La culture devient elle aussi une politique économique
La même logique apparaît dans les arts et la culture au Bénin. Le secteur avait déjà bénéficié sous Patrice Talon d’investissements importants dans les musées, le patrimoine, les événements et le tourisme. Le programme Wadagni revendique plus de 1 250 milliards de FCFA investis dans le tourisme, la culture et les arts durant la décennie précédente.
La nouvelle présidence veut désormais transformer cette visibilité en véritable économie culturelle.
Le projet prévoit un Programme national d’excellence artistique. Un nombre limité d’artistes sélectionnés dans la musique, la danse, la littérature, les arts plastiques ou numériques recevraient une rémunération pluriannuelle afin de pouvoir se consacrer à leur création.
Wadagni prévoit aussi un port franc des arts, destiné à attirer collectionneurs et professionnels internationaux grâce au stockage et à l’échange d’œuvres sans taxation immédiate. De nouvelles Maisons de la Culture et la reconversion d’anciens cinémas en espaces créatifs complètent le dispositif.
Même la création numérique entre dans cette stratégie. Une « Content City » doit accueillir studios d’animation, jeux vidéo, production virtuelle et outils d’intelligence artificielle. Le label « Bénin Originals » doit aider les créateurs à commercialiser leurs productions à l’étranger.
Le défi sera de mesurer sans tout transformer en chiffres
Cette approche peut apporter à la culture et à l’éducation ce qui leur manque souvent : financements durables, infrastructures et objectifs clairement identifiés.
Elle soulève cependant une difficulté. Les résultats d’une route ou d’une centrale électrique sont relativement faciles à quantifier. Ceux d’un professeur, d’un écrivain ou d’un musicien le sont beaucoup moins.
Le succès d’une politique culturelle ne peut pas seulement se compter en visiteurs, billets vendus ou revenus touristiques. Une école ne peut pas davantage être évaluée uniquement par ses taux de réussite aux examens.
Le premier défi de la présidence Wadagni sera donc budgétaire : financer les nombreuses promesses annoncées jusqu’en 2033. Le second sera plus subtil : conserver la culture du résultat sans considérer que tout ce qui compte peut forcément entrer dans un tableau Excel.
Le financier devenu président veut appliquer à l’école et à la culture une méthode qui a façonné son parcours. Reste à vérifier si la présidence des chiffres saura aussi laisser une place à ce qui ne se mesure pas.


