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Excision au Mali : la bataille gagne les réseaux sociaux

Une vidéo montrant l’excision d’une fillette au Mali a transformé un sujet déjà sensible en mobilisation numérique à l’échelle ouest-africaine. Face à une campagne assumée en faveur de l’excision, des militantes du Mali, de Guinée, du Sénégal, de Côte d’Ivoire, du Niger et du Bénin ont organisé leur riposte. Leur stratégie a même atteint des militants installés en Europe. Pendant ce temps, les autorités maliennes et guinéennes peinent à apporter une réponse politique claire.

Une vidéo déclenche une mobilisation régionale

La polémique débute après la diffusion sur TikTok, le 9 août 2026, d’une vidéo tournée dans une zone rurale du Mali. Les images montrent plusieurs femmes maintenant une fillette pendant qu’elle subit une mutilation génitale.

La séquence provoque rapidement la réaction de militantes féministes. Elles interpellent notamment les autorités maliennes et rappellent les dispositions du nouveau Code pénal de 2024 contre les agressions sexuelles et les autres violences basées sur le genre.

La situation malienne occupe une place particulière dans ce débat. Le pays est présenté comme le seul de la sous-région où l’excision n’est pas explicitement interdite par la loi. Selon l’enquête démographique et de santé 2023-2024 citée dans la source, 89 % des Maliennes âgées de 15 à 49 ans ont déjà subi une mutilation génitale féminine.

La mobilisation contre cette pratique provoque rapidement une réaction opposée. Une douzaine d’affiches générées par intelligence artificielle apparaissent sur les réseaux sociaux. Elles présentent des hommes accompagnés de messages favorables à l’excision, d’un drapeau malien et d’une lame de rasoir.

La réaction dépasse alors les frontières du Mali. Des militantes sénégalaises, guinéennes, ivoiriennes, nigériennes et béninoises reprennent massivement le hashtag #UneLoiUneFoiUnPeuple lancé par les Maliennes.

L’affrontement numérique prend une nouvelle dimension lorsque les militantes commencent à identifier les personnes diffusant ces messages. Parmi les profils ciblés figurent des religieux, des médecins et des hommes d’affaires, dont certains vivent en Europe.

Des militants pro-excision ciblés jusque sur le sol européen

La stratégie des militantes ne consiste plus seulement à répondre aux publications. Elles contactent directement les institutions des pays où résident certains auteurs.

Koué Diakité, présenté comme un prédicateur malien installé en Espagne depuis début 2025, faisait partie des militants les plus actifs. Des féministes ont alors saisi plusieurs organismes et autorités espagnoles. Il a ensuite supprimé ses publications.

Un autre militant, Kanimakan Traoré, publiait depuis la France des messages visant les femmes non excisées. Le 20 août, il a annoncé avoir retiré ses publications après un entretien téléphonique avec les services de police.

Cette pression montre comment une polémique née au Mali peut produire des conséquences très loin du territoire national. En France, l’excision peut être punie de dix ans d’emprisonnement, avec une peine pouvant atteindre vingt ans lorsque des circonstances aggravantes sont retenues.

La mobilisation est également descendue dans la rue. Un rassemblement contre les mutilations génitales féminines s’est tenu le 22 août à Paris, place de la Nation, avec plusieurs organisations et militantes.

L’ampleur du phénomène explique cette dimension internationale. Les données citées dans la source font état de 230 millions de femmes excisées dans le monde, dont 144 millions en Afrique et environ 600 000 en Europe.

Bamako et Conakry face à un débat sensible

Au Mali, la polémique place les autorités dans une position délicate. Le Programme national de lutte contre l’excision a reporté ses activités. Une étude d’opinion sur la pratique a également été arrêtée le 26 août par le Comité national d’éthique afin d’éviter de heurter les sensibilités locales.

Le débat a aussi pris une dimension politique. Certains influenceurs favorables aux autorités de transition accusent les acteurs internationaux d’utiliser la lutte contre l’excision pour influencer ou diviser la société malienne. Les militantes engagées dans la campagne rejettent cette interprétation et présentent leur mobilisation comme une lutte africaine contre les mutilations génitales féminines.

La Guinée connaît une tension comparable. Des militantes affirment avoir recensé plus de 300 vidéos de mutilations en deux semaines. Une communication du ministère guinéen de la Femme a aussi déclenché une polémique après avoir évoqué la possibilité pour les jeunes filles de comprendre, consentir et décider librement.

La vidéo a été retirée le 25 août. Le ministère a ensuite réaffirmé qu’aucun consentement ne peut justifier les mutilations génitales féminines. La contradiction est forte puisque la Guinée est présentée comme le premier pays d’Afrique de l’Ouest à avoir criminalisé l’excision, tout en restant le deuxième pays au monde pour sa prévalence derrière la Somalie.

La controverse révèle ainsi une confrontation qui dépasse largement les réseaux sociaux. Les militantes utilisent désormais les signalements, les pétitions et les autorités étrangères pour répondre aux campagnes favorables à l’excision. Bamako et Conakry doivent, eux, composer avec la pression des défenseurs des droits des femmes et le poids de courants sociaux conservateurs. Tant qu’une réponse politique claire ne sera pas apportée, cette bataille risque de continuer en ligne, mais aussi dans les institutions et dans la rue.

Luc GNANHOUI
Luc GNANHOUI
Spécialiste de l’actualité africaine, je produis des analyses stratégiques et des décryptages approfondis sur les transformations politiques, économiques et technologiques qui redéfinissent les équilibres du continent.
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