Un van affichant en grand « Centre mobile d’excision » a provoqué un choc à Abidjan avant de déclencher une vague d’indignation sur les réseaux sociaux. Face à la polémique, le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant et le Mouvement Femmes et Paroles ont assuré qu’il s’agissait d’une campagne de sensibilisation pensée pour briser l’indifférence autour des mutilations génitales féminines. Détails
Une opération choc qui a pris Abidjan de court
Entre le 27 février et le 3 mars 2026, le véhicule a circulé dans plusieurs communes d’Abidjan, dont Adjamé, Plateau, Cocody, Koumassi et Port-Bouët. Habillé en blanc et rouge, il portait une inscription frontale volontairement brutale ainsi qu’un visuel jugé choquant par de nombreux passants. Très vite, des images ont envahi Instagram, Facebook et d’autres plateformes, nourrissant incompréhension, appels aux autorités et dénonciations publiques.
Lors d’une conférence organisée le 11 mars au Plateau, les initiateurs de l’opération ont expliqué qu’ils voulaient provoquer un électrochoc. Selon le Mouvement Femmes et Paroles, l’idée consistait à forcer un débat public sur une pratique interdite mais encore présente. L’agence ayant accompagné l’action a parlé d’un dispositif radical destiné à tester la réaction de la société ivoirienne et à confronter les citoyens à une réalité que beaucoup préfèrent croire disparue.
Le pari a produit l’effet recherché. Les organisateurs disent avoir enregistré des appels à Police Secours, à la gendarmerie et aux services de lutte contre les violences basées sur le genre. Pour eux, cette colère massive montre que l’opinion rejette l’excision dans l’espace public. Elle révèle aussi que le sujet reste explosif dès qu’il surgit de façon frontale.
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Le ministère assume la campagne et insiste sur la sensibilisation
Le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant a soutenu la démarche en la replaçant dans la campagne « On ne coupe pas une fleur pour l’honorer ». Sa représentante, Dr Honorée Ghislaine Kouamé, a rappelé que les mutilations génitales féminines constituent une violation grave des droits humains et une atteinte directe à la dignité des victimes.
Les équipes déployées autour du van ne se limitaient pas à la mise en scène. Selon les responsables, elles menaient aussi un travail de terrain avec distribution de prospectus, promotion du numéro vert 1308, orientation des victimes et sensibilisation personnalisée. Le Mouvement Femmes et Paroles affirme avoir échangé directement avec près de 333 personnes pendant l’opération. La campagne a aussi bénéficié d’un large relais numérique, avec plus d’un million de vues en moins de cinq jours d’après les organisateurs.

Cette séquence a pourtant mis au jour une réalité plus dérangeante encore. Les responsables de l’initiative ont indiqué avoir reçu non seulement des messages de soutien ou d’indignation, mais aussi des sollicitations de personnes cherchant à faire exciser leurs enfants. Ce point a renforcé leur conviction que l’excision n’appartient pas au passé et qu’une partie de la demande subsiste dans l’ombre.
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Une pratique interdite mais toujours enracinée
La controverse autour du van dépasse donc la seule question de la communication. En Côte d’Ivoire, l’excision reste interdite depuis 1998, mais la pratique persiste dans plusieurs zones du pays, notamment dans le nord et l’ouest, selon les rappels faits par plusieurs acteurs associatifs et médiatiques. Des données citées par des organisations engagées sur le sujet faisaient encore état d’une prévalence élevée ces dernières années, signe que l’éradication reste incomplète.

Le combat ne se joue pas seulement sur le terrain pénal. Il touche aussi à la prise en charge médicale, psychologique et sociale. Des programmes de réparation chirurgicale ont déjà permis à certaines survivantes de retrouver une forme de dignité corporelle et de reconstruction intime. D’autres enquêtes ont aussi montré que des croyances occultes et des trafics sordides peuvent prolonger le phénomène dans certaines régions, ce qui complique encore le travail de prévention.
En assumant cette campagne choc, les autorités et le Mouvement Femmes et Paroles ont voulu faire sortir l’excision de la clandestinité symbolique où elle prospère. La méthode a divisé, mais elle a remis la question au centre du débat public. Et c’est sans doute ce que cherchaient ses auteurs depuis le départ.
