Au Sénégal, une nouvelle mesure administrative met fin à une pratique longtemps contestée. Désormais, les femmes ne sont plus tenues de se dévoiler pour la prise de photos d’identité destinées aux documents officiels. Cette décision, annoncée par le ministère de l’Intérieur, vise à prévenir les incidents récurrents signalés dans les centres d’établissement des cartes nationales d’identité et à garantir un meilleur respect des convictions religieuses.
Les femmes autorisées à porter le voile sur les photos d’identité
La note du ministère de l’Intérieur intervient après plusieurs altercations enregistrées lors des opérations d’identification. Dans certains centres, des femmes voilées se voyaient contraintes d’ôter leur voile pour les besoins administratifs, ce qui provoquait incompréhensions et frustrations. Avec cette nouvelle directive, l’administration sénégalaise autorise désormais l’usage de photos où le voile est conservé, à condition que le visage reste clairement identifiable.
Cette mesure est saluée par plusieurs organisations de défense des droits humains. Jamra, une ONG engagée dans la promotion des valeurs musulmanes, y voit une avancée majeure. Selon l’organisation, cette décision permet de « rendre leur dignité aux femmes portant le voile », souvent mises mal à l’aise lors des contrôles d’identité.
Son directeur, Mame Makhtar Gueye, estime que la position du ministère rejoint une revendication de longue date. Il rappelle que « la note du ministre épouse une logique toujours défendue par son ONG : on peut porter le voile musulman tous les jours et être identifiée sans être obligée de se dévoiler ».
Une pratique déjà en vigueur dans d’autres pays de la région
La décision sénégalaise s’inscrit dans une dynamique régionale plus large. Dans plusieurs pays utilisant la carte d’identité biométrique de la CEDEAO, des dispositions similaires existent déjà. Ces États autorisent les femmes voilées à apparaître sur leurs photos d’identité sans retirer leur couvre-chef, sous réserve du respect des critères techniques d’identification.
Pape Ibrahima Kane, juriste et militant des droits de l’homme, souligne que le Nigeria a été précurseur en la matière. Il précise que ce pays permet l’utilisation de photos où « le visage est suffisamment dégagé, avec le front, les joues et le menton bien visibles ». Cette approche concilie exigences sécuritaires et respect des libertés individuelles.
Au Sénégal, la mesure n’a pour l’instant suscité aucune polémique notable, malgré la sensibilité du sujet dans un pays majoritairement musulman. Elle apparaît plutôt comme une volonté des autorités de renforcer la cohésion sociale tout en adaptant les règles administratives aux réalités culturelles et religieuses.
