Après plus d’un an de tensions diplomatiques, le Niger et le Nigeria ont décidé de raviver leurs relations pour faire face aux menaces sécuritaires croissantes dans la région du Sahel. Cette nouvelle dynamique a été marquée par la visite à Niamey du chef d’État-major de l’armée nigériane, le Général Christopher Musa. Ce rapprochement stratégique vise à renforcer la coopération sécuritaire entre les deux pays, alors que la région est en proie à des attaques de groupes armés et à une instabilité croissante. Retour sur les enjeux et les perspectives de cette réconciliation diplomatique.
Les enjeux de la coopération sécuritaire
Depuis le coup d’État de juillet 2023 au Niger, qui a porté les militaires au pouvoir sous la direction du Général Abdourahamane Tiani, les relations entre le Niger et le Nigeria étaient tendues. Le Nigeria, sous la présidence de Bola Tinubu, avait initialement soutenu une ligne dure contre le régime militaire nigérien, se rangeant du côté de la CEDEAO (Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest) qui avait imposé des sanctions au Niger. Cependant, la rencontre récente entre les hauts responsables militaires des deux pays marque un tournant significatif. Le Général Christopher Musa du Nigeria et le Général Moussa Salaou Barmou du Niger se sont rencontrés pour discuter de la normalisation des relations bilatérales et des efforts conjoints en matière de sécurité.
La signature d’un protocole d’accord entre les deux pays témoigne d’une volonté commune de faire face aux défis sécuritaires dans la région. Selon le Colonel-major Souleymane Moussa, Chef du Bureau des opérations de l’armée nigérienne, les discussions ont porté sur l’approfondissement des relations bilatérales et le renforcement de la coopération en matière de sécurité. Les deux pays ont convenu de maintenir et d’étendre la coopération existante, incluant des opérations militaires conjointes, l’échange de renseignements, et la coordination tactique pour sécuriser leurs frontières communes. La prolifération des armes légères et la menace terroriste constituent des préoccupations majeures pour les deux nations, et cette coopération renforcée est perçue comme une nécessité pour garantir la stabilité de la région.
Une réconciliation qui renforce l’Alliance des États du Sahel
Pour l’analyste nigérien Issoufou Boubacar Kado, ce rapprochement marque une nouvelle ère pour les relations entre le Niger et le Nigeria. « Le fait que les militaires du Nigeria viennent dire qu’ils ne vont plus se laisser divertir par certaines personnes étrangères au continent, et qu’ils vont continuer à renforcer leurs relations économiques, diplomatiques et sécuritaires avec le Niger, montre que le problème est désormais réglé », a-t-il déclaré. Cette déclaration souligne l’importance stratégique de cette coopération pour les deux pays, qui partagent une frontière longue et poreuse, souvent exploitée par des groupes armés pour mener des attaques transfrontalières.
Le rapprochement entre le Niger et le Nigeria ne se limite pas à une simple coopération bilatérale. Il s’inscrit dans un contexte plus large de réorganisation géopolitique au Sahel. En effet, le Niger, le Mali, et le Burkina Faso ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES) après leurs retraits de la CEDEAO. Cette alliance vise à renforcer la coopération régionale pour faire face aux défis sécuritaires communs. Contrairement à certaines spéculations, ce rapprochement n’est pas perçu comme une menace pour la cohésion de l’AES. « Le protocole, au contraire, renforce l’Alliance des États du Sahel », affirme M. Kado. La coopération entre le Niger et le Nigeria pourrait même servir de modèle pour une collaboration plus étroite entre les États de la région.
Des défis persistants malgré le rapprochement
Malgré ce rapprochement prometteur, les défis restent nombreux. La région du Sahel est confrontée à une menace persistante de la part de divers groupes armés, y compris des djihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. La coopération sécuritaire entre le Niger et le Nigeria devra être bien coordonnée et soutenue par un engagement politique ferme pour être efficace. De plus, il est crucial que cette collaboration soit étendue à d’autres pays de la région pour créer un front uni contre les menaces transfrontalières. Dr Oumar BA, enseignant-chercheur au Centre d’Études Diplomatiques et Stratégiques (CEDS) à Paris, souligne que cette nouvelle coopération pourrait préfigurer une renonciation totale au recours à la force par la CEDEAO contre le Niger, ouvrant ainsi la voie à des solutions diplomatiques et pacifiques.
La réconciliation entre le Niger et le Nigeria est perçue comme une opportunité pour stabiliser la région du Sahel. Les deux pays, en coopérant étroitement, peuvent créer un environnement plus sûr et plus stable, non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour leurs voisins immédiats. « La graine est semée, pourvu qu’elle soit arrosée et bien entretenue pour germer et porter les fruits escomptés », conclut Dr Oumar BA. Cette coopération, si elle est maintenue et renforcée, pourrait devenir un exemple de collaboration régionale efficace contre les menaces sécuritaires au Sahel.
