La suspension des réseaux sociaux au Gabon, décidée par la Haute Autorité de la Communication (HAC) jusqu’à nouvel ordre, déclenche une vague de contestations politiques et économiques. Présentée par les autorités comme une réponse à la prolifération de contenus jugés dangereux pour la cohésion sociale, la mesure est dénoncée par l’opposition et même par des formations proches du pouvoir. Pour beaucoup, il s’agit d’une atteinte directe aux libertés fondamentales.
« Un abus de pouvoir » : l’opposition hausse le ton
L’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze critique frontalement la décision. Il affirme qu’elle viole la Constitution, restreint la liberté d’expression et repose sur aucun fondement légal valable. Selon lui, la HAC ne détient pas la compétence nécessaire pour imposer une telle restriction. Il qualifie la mesure de disproportionnée et d’incompréhensible.
Le Forum pour la Défense de la République (FDR), pourtant réputé proche de la majorité présidentielle, adopte également une position critique. Son président, Joachim Mbatchi Pambou, parle d’une décision arbitraire qui porte atteinte à la liberté d’opinion, à la liberté de communication et au droit d’exercer une activité économique. Le parti évoque une dérive autoritaire et annonce envisager un recours devant la Cour constitutionnelle.
Face à ces accusations, la HAC maintient que la suspension vise à prévenir la diffusion de contenus diffamatoires ou haineux susceptibles de fragiliser les institutions. Ses opposants estiment toutefois que les motifs avancés manquent de clarté et de base juridique solide.
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Une économie numérique mise à l’arrêt
La contestation dépasse le champ politique. La coupure frappe de plein fouet les acteurs du numérique. Créateurs de contenus, commerçants en ligne, influenceurs et entrepreneurs se retrouvent privés de leur principal outil de travail.
Mister Wils, créateur de contenus, explique qu’il ne peut plus honorer ses engagements contractuels, notamment avec des partenaires à l’étranger. Il souligne que la monétisation reste déjà fragile au Gabon. Cette suspension aggrave donc une situation économique précaire.
Le FDR insiste sur l’absence de mesures d’accompagnement. Dans un pays où le numérique contribue à la création d’emplois et au dynamisme de l’économie informelle, la coupure risque d’alourdir les pertes financières pour des milliers de familles.
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Libertés publiques et régulation : un équilibre en question
La controverse pose une question centrale : jusqu’où peut aller une autorité de régulation au nom de la stabilité ? Pour ses détracteurs, la HAC franchit une limite constitutionnelle. Ils dénoncent une atteinte excessive aux droits fondamentaux et appellent à un retour immédiat au respect des libertés publiques.
L’opposition invite les groupes civils et les citoyens attachés aux libertés à se mobiliser contre ce qu’elle qualifie d’« excès destructeur de liberté ». Elle rappelle que les réseaux sociaux ne représentent plus un simple espace d’échange informel, mais un pilier de l’information et de l’activité économique.
Ce bras de fer institutionnel pourrait désormais se jouer sur le terrain juridique. Une éventuelle saisine de la Cour constitutionnelle clarifiera les limites des pouvoirs de la HAC. En attendant, le débat reste vif et révèle les tensions persistantes entre impératif de régulation et protection des libertés dans le paysage politique gabonais.
