Au Bénin, une ère prend fin. Patrice Talon s’apprête à quitter la présidence. Après presque dix ans au pouvoir, le président sortant cède la place. Et il laisse derrière lui un héritage qui divise profondément les Béninois.
Une décennie qui a transformé le Bénin
Patrice Talon a pris les rênes du pays en 2016. À l’époque, il incarnait le renouveau. Un homme d’affaires. Un pragmatique. Un président qui promettait de moderniser l’État en profondeur.
Force est de constater qu’il a tenu une partie de ses engagements. Les réformes ont été nombreuses. Les chantiers ont été lancés. Et le cadre institutionnel a été profondément remanié.
Aujourd’hui, il respecte la limite constitutionnelle des deux mandats. Il quitte le pouvoir sans se représenter. Et il laisse deux candidats se disputer sa succession : Romuald Wadagni et Paul Hounkpè.
Une croissance solide, mais peu partagée
Sur le plan économique, les indicateurs sont globalement favorables. Pendant la décennie Talon, le Bénin a affiché une croissance moyenne supérieure à 7 %. C’est une performance notable. Peu de pays de la sous-région peuvent s’en prévaloir.
Les infrastructures ont été modernisées. Le port de Cotonou a été réhabilité. Les routes ont été refaites. Et plusieurs secteurs stratégiques ont bénéficié d’investissements significatifs.
En outre, la gestion budgétaire a été jugée rigoureuse. Les partenaires internationaux ont salué la discipline financière du gouvernement. Et le pays a maintenu sa stabilité macroéconomique malgré les chocs extérieurs.
Néanmoins, cette croissance reste abstraite pour beaucoup. De nombreux Béninois affirment ne pas ressentir les effets dans leur vie quotidienne. Le chômage des jeunes demeure préoccupant. Les inégalités persistent. Et l’accès aux services essentiels reste insuffisant dans plusieurs régions.
Des réformes profondes, mais contestées
Sur le plan politique et institutionnel, la décennie Talon a été tout aussi marquante. Le code électoral a été révisé. La Constitution a été modifiée. Et les institutions ont été réorganisées selon une nouvelle architecture.
Ses défenseurs affirment que ces réformes ont renforcé l’efficacité de l’État. Ils soulignent la stabilité politique maintenue dans un contexte régional difficile. Et ils rappellent que le Bénin a évité les coups d’État qui ont secoué ses voisins.
Toutefois, ses critiques pointent un autre visage. Pour eux, Talon a progressivement verrouillé l’espace démocratique. L’opposition a été fragilisée. Certains leaders politiques ont fait face à des poursuites judiciaires. Et plusieurs organisations internationales ont signalé un recul des libertés publiques.
Par ailleurs, la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025 a révélé des fissures. Cet épisode a rappelé que la stabilité béninoise n’est pas acquise. Et il a mis en lumière des tensions au cœur même du système politique.
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Un legs ambigu à la veille du scrutin
Au final, le bilan de Patrice Talon résiste à tout jugement tranché. Les chiffres économiques parlent en sa faveur. Mais le ressenti populaire est souvent bien différent.
Entre ceux qui saluent une décennie de progrès visibles et ceux qui attendent encore des retombées concrètes, le débat reste vif. Et il se poursuivra bien après le 12 avril 2026.
Ce dimanche, les Béninois ne choisissent pas seulement entre deux candidats. Ils choisissent entre continuer sur la lancée de Talon ou tourner définitivement la page.
Les urnes auront le dernier mot.
