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Trafic de médicaments : l’ONU alerte sur 251 tonnes saisies en Afrique centrale

Le trafic de médicaments prend une ampleur préoccupante en Afrique centrale, où 251 tonnes de produits médicaux ont été saisies entre 2020 et 2025. Un nouveau rapport de l’ONUDC, réalisé avec l’OMS et la Cemac, décrit un marché illicite alimenté autant par les réseaux criminels que par les difficultés d’accès aux soins.

Des saisies passées de 5 à près de 116 tonnes par an

Les données recensées montrent une forte hausse des volumes interceptés. Les saisies atteignaient environ cinq tonnes en 2020, contre près de 116 tonnes en 2024 et plus de 97 tonnes en 2025.

Cette progression ne signifie toutefois pas automatiquement que le trafic de médicaments a augmenté dans les mêmes proportions. Une intensification des contrôles ou de meilleures capacités de détection peuvent aussi expliquer une partie de la hausse.

Le Cameroun concentre une part importante des volumes recensés. En 2025, les autorités y ont intercepté environ 96 tonnes de produits médicaux, contre près de 2,5 tonnes cinq ans plus tôt.

Les saisies documentées concernent notamment des antibiotiques, des antipaludéens, des anti-inflammatoires et des antalgiques. Des substances psychoactives comme le tramadol et la prégabaline apparaissent également dans les cargaisons interceptées.

Faux médicaments, détournements et produits contrôlés

Le phénomène dépasse largement la seule contrefaçon. Le rapport distingue plusieurs composantes du marché clandestin : les produits médicaux falsifiés ou de qualité insuffisante, les médicaments authentiques détournés des circuits légaux et les substances contrôlées ou psychoactives commercialisées illicitement.

Entre 2013 et 2025, le système de surveillance de l’OMS a recensé des incidents portant sur 228 produits médicaux dans la zone Cemac. Environ 71 % ont été classés comme falsifiés et 11 % comme produits de qualité inférieure.

Le problème touche même les circuits officiels. Près d’un tiers des incidents recensés ont été détectés dans des chaînes d’approvisionnement réglementées. Acheter dans un circuit autorisé réduit donc les risques sans les éliminer complètement.

Les conséquences sanitaires peuvent être lourdes. Un médicament falsifié peut contenir une mauvaise substance active, une dose insuffisante ou des composants dangereux. Cela peut provoquer des intoxications, des échecs thérapeutiques et favoriser la résistance aux antimicrobiens.

Le prix des soins nourrit le marché parallèle

L’ONUDC insiste sur les causes structurelles qui favorisent ce commerce. Le coût des médicaments, les ruptures de stock et l’éloignement des structures de santé poussent une partie de la population vers des vendeurs informels.

En République centrafricaine et au Tchad, plus de la moitié des habitants vivent à au moins deux heures d’un hôpital public disposant de services d’urgence, selon les données reprises dans le rapport.

Le prix constitue un autre obstacle. Au Tchad, une seringue d’insuline préremplie peut représenter l’équivalent de près de 16 jours de salaire pour un fonctionnaire situé au bas de l’échelle salariale.

Dans ce contexte, l’achat au détail devient attractif. Des consommateurs centrafricains expliquent pouvoir acheter un ou deux comprimés pour environ 100 francs CFA auprès d’un vendeur informel, plutôt que de payer une boîte entière en pharmacie.

Des réseaux qui suivent les routes du commerce régional

Les trafiquants utilisent les mêmes infrastructures que le commerce légal. Les ports d’Apapa, au Nigeria, et de Douala, au Cameroun, figurent parmi les principaux points d’entrée identifiés. Les ports fluviaux de Brazzaville et Bangui jouent également un rôle.

Le trafic passe aussi par les aéroports, où environ 7,3 tonnes de produits médicaux ont été saisies entre 2020 et 2025. Les marchandises circulent ensuite par route et par voie fluviale entre plusieurs pays.

Les réseaux peuvent associer fabricants clandestins, grossistes, vendeurs informels, transporteurs, professionnels de santé, agents publics corrompus ou vendeurs en ligne. Dans certaines zones de conflit, des groupes armés peuvent aussi piller des structures sanitaires, revendre des médicaments ou prélever des taxes sur leur transport.

Face à cette dimension transfrontalière, la Cemac prépare un plan d’action régional fondé sur les recommandations du rapport. L’enjeu ne consiste pas seulement à multiplier les saisies, mais aussi à renforcer la réglementation, la coopération entre États et surtout l’accès à des médicaments sûrs et abordables.

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