Après Cotonou et Saint-Ouen, Patrice Talon poursuivra sa mission religieuse à Abidjan. L’ancien président béninois est attendu en Côte d’Ivoire à partir du 24 septembre, avant une rencontre avec les fidèles de l’Église du Christianisme Céleste (ECC) le 26 septembre. Il n’y viendra ni comme chef d’État ni comme émissaire diplomatique, mais comme « facilitateur » d’un processus de réunification lancé lorsqu’il dirigeait encore le Bénin. Cette reconversion inhabituelle montre comment l’ancien président cherche désormais à résoudre un schisme religieux vieux de plusieurs décennies.
Patrice Talon poursuit à Abidjan une médiation commencée au pouvoir
La venue de Patrice Talon à Abidjan a été annoncée par le diocèse ivoirien de l’Église du Christianisme Céleste. Le Conseil supérieur de mise en œuvre (CSMO) doit arriver le 24 septembre. Deux jours plus tard, l’ancien président rencontrera les responsables et fidèles ivoiriens. La réunion est présentée comme fraternelle, pacifique et destinée à favoriser l’unité.
Cette étape ivoirienne prolonge celle organisée le 29 août à Saint-Ouen, en France. Plus de 300 fidèles et responsables y avaient rencontré Talon et une délégation du CSMO pour discuter du processus de réunification et faire remonter les préoccupations de la diaspora.
La tournée répond à une difficulté particulière. L’ECC est née au Bénin en 1947 autour de Samuel Bilehou Joseph Oshoffa, mais elle s’est internationalisée. Ses divisions dépassent donc largement les frontières béninoises.
Depuis la mort de son fondateur en 1985, plusieurs branches revendiquent son héritage spirituel. Deux pôles occupent notamment une place centrale, l’un autour de Porto-Novo au Bénin et l’autre autour d’Imeko au Nigeria. Réunifier l’Église suppose par conséquent de convaincre des communautés réparties dans plusieurs pays.
Une mission présidentielle devenue affaire personnelle
Patrice Talon est entré dans ce dossier lorsqu’il était encore président. En février 2025, il avait réuni au palais de la Marina des dignitaires de l’ECC venus du Bénin, du Nigeria et de Côte d’Ivoire.
Un Conseil supérieur de transition a ensuite travaillé pendant environ un an sur les causes des divisions et les réformes nécessaires. Son rapport final a été remis à Talon le 30 avril 2026, quelques semaines avant son départ de la présidence.
Le changement de pouvoir aurait pu mettre fin à son implication. C’est l’inverse qui s’est produit.
Le 4 juin, sous la présidence de Romuald Wadagni, un Conseil supérieur de mise en œuvre de 34 membres a été installé. Talon y participait désormais officiellement comme facilitateur.
Il a ensuite rencontré en juillet le révérend Bennett Adeogun, associé au pôle de Porto-Novo. Les discussions portaient notamment sur les prochaines étapes permettant de rapprocher les différentes composantes de l’Église.
À Saint-Ouen, Talon a expliqué que son engagement avait d’abord découlé de ses responsabilités de président. Il considérait alors qu’un chef d’État devait contribuer à apaiser les conflits religieux touchant ses concitoyens. Il continue pourtant cette mission une fois redevenu simple citoyen.
Jusqu’où peut aller un ancien président dans une affaire religieuse ?
Cette situation soulève une question plus large sur le rôle des anciens chefs d’État africains.
Leur carnet d’adresses, leur autorité symbolique et leur capacité à réunir des interlocuteurs adverses peuvent devenir des ressources après leur départ du pouvoir. Certains deviennent médiateurs dans des crises politiques ou diplomatiques. Talon applique cette logique à une institution religieuse.
L’exercice reste délicat. L’État béninois est constitutionnellement laïc. Une médiation conduite initialement depuis la présidence peut donc alimenter les interrogations sur la frontière entre apaisement social et intervention du politique dans les affaires d’une Église.
Le contexte de l’ECC rend toutefois cette frontière moins simple. L’organisation revendique une implantation internationale et ses divisions concernent des communautés béninoises, nigérianes, ivoiriennes et européennes. Le diocèse ivoirien présente d’ailleurs l’initiative de Talon comme une démarche d’unification face à un schisme vieux d’environ quarante ans.
Abidjan constituera ainsi un nouveau test. Le succès ne se mesurera pas au nombre de fidèles réunis le 26 septembre, mais à la capacité des différentes branches à accepter durablement des règles et une gouvernance communes.
Patrice Talon a quitté le palais de la Marina, mais pas le dossier religieux qu’il y avait ouvert. Sa tournée transforme progressivement une initiative présidentielle en mission personnelle : celle d’un ancien chef d’État qui tente désormais de réussir dans une Église la réunification qu’il avait commencée depuis le pouvoir.
