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Affaire Martinez Zogo : de nouveaux indices concernant les téléphones de Maxime Eko Eko présentés au tribunal

Plus de trois ans après l’assassinat de Martinez Zogo, le procès connaît un nouveau développement au Cameroun. Devant le tribunal, le colonel Otoulou, principal enquêteur dans cette affaire, a présenté plusieurs éléments qui pourraient laisser penser que Léopold Maxime Eko Eko, ancien patron de la Direction générale de la recherche extérieure, avait connaissance de l’opération ayant conduit à la mort du journaliste. Sa défense rejette cette interprétation et affirme qu’aucune preuve ne démontre qu’il ait donné un ordre ou été informé du projet.

Des téléphones et l’absence d’enquête interne interrogent

Lors de l’audience du 31 août 2026, le colonel Otoulou a détaillé plusieurs indices recueillis pendant les investigations.

Au moment des faits, il commandait la légion de gendarmerie de la région du Centre et occupait une place centrale dans l’enquête.

Le premier élément évoqué concerne les déclarations de Maxime Eko Eko. L’ancien responsable des renseignements avait lui-même orienté les enquêteurs vers l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, aujourd’hui l’un des principaux accusés dans l’affaire.

Le fonctionnement de la DGRE après la disparition de Martinez Zogo soulève aussi des questions selon l’enquêteur.

Entre l’enlèvement du journaliste et le signalement de sa disparition, puis jusqu’à l’arrestation de Justin Danwe, alors directeur des opérations de la DGRE, aucune enquête interne n’aurait été ouverte par le service de renseignement.

Un autre élément concerne les téléphones de Maxime Eko Eko.

Un rapport d’expertise cité lors de l’audience indique qu’il aurait déclaré posséder dix téléphones, alors que seulement trois auraient été remis aux enquêteurs. Certains des autres appareils auraient cessé d’émettre après l’interpellation de Justin Danwe.

Pour la partie civile, l’accumulation de ces éléments mérite l’attention du tribunal. Maître Calvin Job estime qu’ils tendent à montrer que l’ancien patron des renseignements pouvait avoir connaissance de l’opération. Il lui reproche également de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour empêcher son aboutissement.

Ces éléments constituent toutefois des indices présentés devant le tribunal et non une décision établissant la responsabilité de Maxime Eko Eko.

La défense conteste l’existence d’une preuve directe

Les avocats de l’ancien patron de la DGRE proposent une lecture totalement différente du dossier.

Selon eux, aucune preuve testimoniale ou numérique suffisamment solide ne démontre que leur client a ordonné l’opération contre Martinez Zogo.

La défense considère que l’accusation repose surtout sur les déclarations de Justin Danwe, ancien directeur des opérations à la DGRE et présenté comme le responsable du commando accusé d’avoir enlevé, torturé et tué le journaliste.

Or, les avocats de Maxime Eko Eko contestent la fiabilité de ces déclarations.

« Il n’a jamais, n’a jamais été au courant », affirme Maître Hosanna Ndjana Ndjana.

La défense estime notamment que les déclarations de Justin Danwe ont fluctué pendant les auditions et remet en cause la manière dont certaines questions lui ont été posées.

Le débat judiciaire porte donc désormais sur la valeur des indices. L’accusation et la partie civile cherchent à établir ce que l’ancien directeur de la DGRE pouvait savoir, tandis que ses avocats demandent des éléments permettant de prouver directement son implication ou l’existence d’un ordre donné par lui.

L’audience intervient aussi alors que le lieutenant-colonel Cerlin Belinga, commissaire du gouvernement près le tribunal militaire et responsable du dossier de l’accusation, doit prochainement devenir vice-président du tribunal militaire de Garoua.

Un assassinat toujours jugé plus de trois ans après

Martinez Zogo, de son vrai nom Arsène Salomon Mbani Zogo, avait été enlevé dans la soirée du 17 janvier 2023.

Son corps avait été retrouvé le 22 janvier, nu et portant des traces de sévices, sur un terrain situé à environ 25 kilomètres de Yaoundé.

Âgé de 51 ans, il animait l’émission « Embouteillages » et était connu pour ses prises de position contre plusieurs personnalités puissantes de la société camerounaise.

À la fin de l’information judiciaire, 17 accusés détenus ont été renvoyés devant la justice. Parmi eux figurent Maxime Eko Eko, Justin Danwe, Jean-Pierre Amougou Belinga et le maire de Bibey, Stéphane Martin Savom.

Le procès pour assassinat, torture, enlèvement et séquestration s’est ouvert le 25 mars 2024 devant le tribunal militaire de Yaoundé. Après une longue période dominée par les questions de procédure, les débats sur le fond ont commencé le 1er septembre 2025.

La nouvelle audience replace désormais la chaîne de commandement au centre des discussions. La question n’est plus seulement de déterminer qui a participé matériellement à l’opération, mais aussi d’établir qui pouvait en avoir connaissance au sommet de la DGRE. Les nouveaux indices présentés alimentent cette interrogation, tandis que la défense de Maxime Eko Eko continue de réclamer une preuve directe de son implication.

Luc GNANHOUI
Luc GNANHOUI
Spécialiste de l’actualité africaine, je produis des analyses stratégiques et des décryptages approfondis sur les transformations politiques, économiques et technologiques qui redéfinissent les équilibres du continent.
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