Au Sénégal, l’agriculture reste fortement dépendante des pluies et subit de plein fouet les effets du changement climatique, avec des sécheresses et des inondations récurrentes qui réduisent les rendements et menacent l’insécurité alimentaire. Face à ces défis, Aminata Sarr, jeune chercheuse sénégalaise et lauréate du Prix international L’Oréal-UNESCO pour les femmes et la science, innove avec le système agrivoltaïque et un dispositif d’irrigation automatisé. Son objectif est clair : permettre aux agriculteurs de produire davantage tout en utilisant moins d’eau et d’énergie, et ainsi relever les défis agricoles et énergétiques du continent.
L’agrivoltaïque, une solution innovante pour l’agriculture africaine
Le système agrivoltaïque consiste à combiner la production agricole et l’énergie solaire sur une même surface. Il repose sur l’installation de panneaux photovoltaïques au-dessus des cultures, permettant de produire de l’électricité tout en cultivant la terre. Aminata Sarr explique que l’espacement des panneaux peut être ajusté pour optimiser à la fois la production d’énergie et la croissance des plantes.
« Notre objectif est de trouver une configuration qui maximise à la fois la production agricole et énergétique », précise-t-elle. Cette approche permet de réduire les conflits liés à l’accès à la terre, fréquents en milieu rural, et d’augmenter l’efficacité de l’utilisation des surfaces cultivables. Les agriculteurs peuvent ainsi produire de l’électricité pour leurs besoins domestiques ou agricoles tout en maintenant des rendements élevés.
Le système agrivoltaïque contribue également à la conservation de l’eau. Les panneaux diminuent l’évapotranspiration et protègent les cultures contre la chaleur excessive. Ce mécanisme, combiné à une gestion précise des ressources, rend l’agriculture plus durable et adaptée aux contraintes climatiques croissantes.
L’irrigation automatisée pour une meilleure gestion de l’eau
En parallèle, Aminata Sarr a développé un système d’irrigation automatisé. Celui-ci ajuste automatiquement la quantité d’eau nécessaire pour les cultures, évitant les excès et les pertes d’eau, un problème majeur dans les zones rurales où l’accès à l’eau est limité.
« Les agriculteurs ne savent souvent pas combien d’eau appliquer. Ils en mettent trop ou trop peu, ce qui nuit aux récoltes », explique la chercheuse. Avec l’irrigation automatisée, l’eau est utilisée plus efficacement, ce qui contribue à la sécurité alimentaire et à la durabilité des exploitations.
Cette technologie permet également de combiner l’agriculture avec la production énergétique. L’eau et l’énergie deviennent ainsi disponibles simultanément, offrant aux producteurs un meilleur contrôle sur leurs cultures et leurs ressources.
L’impact direct sur les agriculteurs sénégalais
Aminata Sarr a conçu ces innovations après avoir enquêté dans les zones rurales de la périphérie de Dakar, notamment dans la région de Niayes. Les agriculteurs lui ont fait part de leurs difficultés liées à l’accès à l’énergie et à l’eau. Ils soulignent que sans énergie, l’irrigation est quasi impossible, et sans une gestion optimale de l’eau, les récoltes sont compromises.
« C’est en écoutant les agriculteurs que nous avons conçu ce système », explique-t-elle. Les prototypes visent à fournir des solutions pratiques, accessibles et adaptées aux conditions locales. Une fois testés et adoptés, ils permettront aux exploitants de mieux gérer leurs cultures, d’augmenter leurs rendements et de réduire leur dépendance aux pluies.
L’innovation d’Aminata Sarr pourrait transformer la vie de milliers de producteurs, améliorer la sécurité alimentaire et créer de nouvelles opportunités économiques dans les zones rurales.
Le rôle crucial de l’État et des financements
Pour que ces innovations se déploient à grande échelle, l’appui de l’État sénégalais est essentiel. Aminata Sarr souligne que le gouvernement peut accompagner les producteurs par des subventions pour l’installation des centrales agrivoltaïques et des systèmes d’irrigation automatisés.
Elle encourage également la création de groupements d’agriculteurs pour faciliter l’adoption collective de la technologie. « La science est la clé pour relever nos défis : énergie, eau, agriculture et même santé », rappelle-t-elle. Les investissements en recherche et développement sont indispensables pour pérenniser ces solutions et permettre au continent africain de s’adapter aux impacts du changement climatique.
Selon Aminata Sarr, soutenir les jeunes chercheurs et les projets innovants est une priorité pour bâtir un futur durable. L’agrivoltaïque, combiné à une irrigation automatisée, offre déjà un modèle prometteur qui pourrait transformer l’agriculture sénégalaise et, à terme, celle de toute l’Afrique.
