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Retrait d’Uber en Afrique : Bolt, Yango et Gozem à l’assaut des marchés abandonnés

Le retrait d’Uber en Afrique redistribue les cartes du marché des VTC. Après la Côte d’Ivoire et la Tanzanie, le géant américain vient de quitter le Nigeria et l’Ouganda, laissant plusieurs concurrents régionaux et internationaux se disputer ses chauffeurs et ses utilisateurs.

Quatre marchés africains abandonnés en moins de deux ans

Uber a cessé ses activités au Nigeria et en Ouganda le 2 septembre 2026. L’entreprise était pourtant implantée depuis douze ans sur le marché nigérian et depuis une décennie en Ouganda. Elle avait déjà quitté la Côte d’Ivoire en 2025, puis la Tanzanie en janvier dernier.

Le groupe explique ses deux derniers retraits par une révision de ses priorités et de ses investissements. Il n’a toutefois pas indiqué précisément les performances financières de ses activités nigérianes ou ougandaises.

Le contexte économique apporte une partie de l’explication. Au Nigeria, la hausse du carburant, des pièces détachées et de l’entretien des véhicules a comprimé les revenus des chauffeurs. Certains avaient déjà migré vers Bolt et inDrive ou négociaient directement des courses pour préserver leurs marges.

Uber affirme pourtant ne pas abandonner le continent. Le groupe reste notamment présent au Kenya, au Ghana, en Afrique du Sud et en Égypte. Au Kenya, il assure même voir encore un « fort potentiel » de croissance.

Bolt possède une longueur d’avance au Nigeria et en Ouganda

Parmi les bénéficiaires potentiels, Bolt paraît particulièrement bien placé. Son avantage tient d’abord à son implantation. La plateforme est déjà disponible dans des dizaines de villes nigérianes, de Lagos à Abuja en passant par Kano, Ibadan, Port Harcourt ou Benin City. Elle opère également à Kampala, Gulu et Mbarara en Ouganda.

Bolt n’a donc pas besoin de construire un réseau à partir de zéro pour récupérer une partie des anciens utilisateurs d’Uber.

La bataille se jouera surtout du côté des chauffeurs. Au Nigeria comme en Ouganda, Bolt prélève actuellement une commission de 20 % sur le prix final des courses.

Cet élément compte dans des marchés où les conducteurs utilisent facilement plusieurs applications. Le départ d’Uber libère donc des chauffeurs déjà habitués aux plateformes numériques, mais leur fidélité au prochain opérateur dépendra largement des revenus qu’ils pourront réellement conserver.

Yango mise sur une expansion plus agressive

Yango dispose d’une autre carte. La plateforme s’est développée dans plusieurs marchés africains en s’appuyant notamment sur des partenaires locaux qui exploitent les véhicules et travaillent avec les chauffeurs.

En Côte d’Ivoire, Yango était déjà solidement installé avant le retrait d’Uber. La plateforme continue notamment de proposer plusieurs catégories de véhicules à Abidjan. En Ouganda, elle fait partie des concurrents susceptibles de profiter du vide laissé par le groupe américain aux côtés de Bolt, SafeBoda et Faras.

Son potentiel réside donc moins dans la récupération uniforme des quatre marchés abandonnés que dans une stratégie adaptée à chaque pays.

Cette flexibilité pourrait devenir déterminante. Le recul d’Uber montre justement qu’une population nombreuse et une forte demande de mobilité ne suffisent pas à garantir la rentabilité d’un modèle mondial standardisé.

Gozem joue la carte de la « super app » africaine

Gozem suit une logique différente. Né en Afrique, le groupe ne se limite plus au transport de passagers. Son application combine VTC, livraison de repas et de marchandises, logistique et services de paiement numérique.

La société revendique aujourd’hui une présence dans plusieurs pays, notamment le Bénin, le Togo, le Cameroun, le Gabon, le Sénégal, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire.

Cette diversification peut constituer un avantage. Un chauffeur ou un conducteur de deux-roues peut répondre à différents types de demandes, tandis que la plateforme peut rentabiliser un même utilisateur à travers plusieurs services.

Gozem apparaît toutefois moins bien positionné que Bolt pour profiter immédiatement du départ d’Uber au Nigeria et en Ouganda, où son implantation n’est pas comparable. Son opportunité se situe davantage dans l’expansion du modèle de « super app » sur les marchés francophones où Uber recule.

Le gagnant sera celui qui convaincra les chauffeurs

Le retrait d’Uber en Afrique ne garantit finalement la victoire à aucun concurrent. Les difficultés qui ont pesé sur Uber affectent également ses rivaux. Le carburant reste cher, les véhicules et leurs pièces sont souvent importés, tandis que les consommateurs veulent conserver des tarifs abordables.

Le véritable actif stratégique n’est donc pas seulement l’utilisateur, mais le chauffeur. Sans conducteurs suffisamment nombreux, les temps d’attente augmentent et les clients changent rapidement d’application.

Bolt part avec l’avantage le plus évident au Nigeria et en Ouganda grâce à son réseau existant. Yango dispose d’une forte capacité d’expansion et d’un positionnement déjà solide dans plusieurs marchés francophones. Gozem, enfin, mise sur un modèle davantage construit autour des usages africains et sur la diversification des services.

Le recul d’Uber ouvre ainsi une fenêtre exceptionnelle. Mais il révèle également pourquoi le marché africain des VTC reste difficile à conquérir. Le prochain leader devra proposer des courses suffisamment bon marché pour attirer les clients, tout en laissant assez de revenus aux chauffeurs pour les empêcher de passer chez le concurrent.

Luc GNANHOUI
Luc GNANHOUI
Spécialiste de l’actualité africaine, je produis des analyses stratégiques et des décryptages approfondis sur les transformations politiques, économiques et technologiques qui redéfinissent les équilibres du continent.
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