Le pétrole au Bénin s’apprête à retrouver le marché international. Une cargaison d’environ 250 000 barils provenant du champ offshore de Sèmè doit être commercialisée en octobre 2026, près de trois décennies après l’arrêt de l’ancienne exploitation.
Une cargaison de 250 000 barils prévue en octobre
Selon le quotidien béninois La Nation, quelque 250 000 barils de brut doivent constituer la première cargaison commercialisée depuis la relance du champ de Sèmè. La production se situe actuellement autour de 3 000 barils par jour et pourrait progressivement atteindre 5 000 à 6 000 barils quotidiens.
Cette exportation marquera surtout le passage du projet à sa phase commerciale. Akrake Petroleum Benin avait atteint le « first oil » en février 2026. Le 5 mars, Lime Petroleum Holding indiquait que le brut circulait déjà vers le navire flottant de stockage et de déchargement Kristina, après le raccordement de l’unité mobile de production Stella Energy 1.
Akrake détient 76 % des intérêts du Bloc 1, sous réserve des droits prévus pour l’État béninois dans le contrat de partage de production. La société appartient à Lime Petroleum Holding. Rex International Holding, qui contrôlait auparavant Lime, a toutefois déconsolidé cette dernière à compter du 10 avril 2026 après des changements dans sa gouvernance.
Sèmè revient sur le marché après près de trois décennies
Parler de « première exportation de pétrole du Bénin » serait cependant imprécis. Le champ de Sèmè possède déjà une longue histoire productive. Il a été découvert par Union Oil à la fin des années 1960 puis développé par la compagnie norvégienne Saga Petroleum.
La production a commencé en 1982 et s’est poursuivie jusqu’en 1998. Selon Lime Petroleum Holding, environ 22 millions de barils ont été produits durant cette période. L’exploitation avait finalement été arrêtée dans un environnement marqué par un pétrole proche de 14 dollars le baril.
La cargaison attendue en octobre constitue donc plutôt la première exportation issue du redéveloppement actuel de Sèmè. Elle doit remettre du brut béninois sur le marché international après une interruption de plus de 27 ans.
Une production loin des ambitions annoncées en 2025
Le démarrage a été plus difficile que prévu. Lorsque le forage du programme de redéveloppement a commencé en août 2025, Akrake visait initialement une production d’environ 15 000 barils par jour après l’installation des infrastructures. Steve Moore, alors directeur général d’Akrake, disait vouloir « ramener la production pétrolière sur le champ de Sèmè et au Bénin ».
Des difficultés techniques ont toutefois perturbé le forage. Rex a notamment signalé des problèmes dans des couches de schiste instables, avec plusieurs incidents nécessitant de reprendre certaines sections du puits. Le calendrier a glissé de plusieurs mois et les coûts ont fortement augmenté.
Le débit actuel d’environ 3 000 barils par jour reste ainsi nettement inférieur aux premières ambitions. La cible de 5 000 à 6 000 barils avancée aujourd’hui devra encore être confirmée par les performances du champ.
Le potentiel du champ de Sèmè reste à confirmer
Les données disponibles invitent aussi à mesurer l’ampleur du projet. Un rapport indépendant établi début 2026 estimait les réserves prouvées et probables, dites 2P, à environ 5,7 millions de barils bruts pour Sèmè. Cette estimation avait été revue à la baisse après la réduction du projet de développement.
D’autres ressources existent potentiellement dans des réservoirs plus profonds, mais elles ne peuvent pas encore être assimilées à des réserves commercialement récupérables. Le développement futur dépendra donc des résultats des puits, des investissements supplémentaires et de la capacité de l’opérateur à stabiliser la production.
L’exportation annoncée pour octobre représente néanmoins une étape concrète pour le pétrole au Bénin. Plus qu’une entrée nouvelle dans l’industrie pétrolière, elle marque surtout le retour sur le marché d’un producteur interrompu depuis 1998.
