Face à la résistance croissante des moustiques aux insecticides, des scientifiques de l’université de Harvard proposent une méthode inédite : soigner les moustiques porteurs du paludisme plutôt que les éliminer. Leur solution ? Enduire les moustiquaires d’un cocktail de médicaments capables d’éliminer les parasites directement à l’intérieur du moustique. Une stratégie prometteuse, testée avec succès en laboratoire, qui pourrait marquer un tournant dans la lutte contre cette maladie mortelle.
Une approche radicalement nouvelle : guérir plutôt que tuer
Jusqu’ici, la lutte contre le paludisme reposait essentiellement sur l’usage d’insecticides pour tuer les moustiques porteurs. Mais cette méthode montre ses limites : dans de nombreuses régions, les moustiques sont devenus résistants aux produits chimiques. Pour le docteur Alexandra Probst, chercheuse à Harvard, il est temps de changer d’approche. « Nous n’avions jamais vraiment essayé de tuer le parasite dans le moustique. Nous nous contentions de tuer le moustique », explique-t-elle.
L’équipe de Harvard a ainsi identifié 22 médicaments potentiels capables d’éliminer les parasites du paludisme dans l’organisme du moustique. Deux d’entre eux se sont révélés redoutablement efficaces, tuant 100 % des parasites après un simple contact avec une surface traitée. L’idée est de les appliquer sur les moustiquaires : lorsque le moustique s’y pose, il absorbe le médicament par les pattes, ce qui élimine le parasite avant qu’il ne soit transmis à l’humain.
Des moustiquaires « intelligentes » bientôt testées en Afrique
Le potentiel de cette technologie est considérable. En laboratoire, les moustiquaires traitées ont prouvé leur efficacité. Même si le moustique survit à son contact, il ne transmet plus le paludisme. Cette approche présente un autre avantage : le parasite étant moins nombreux dans le moustique que chez l’humain, il aurait plus de mal à développer une résistance aux médicaments.
Les chercheurs prévoient de tester cette innovation en conditions réelles dès cette année en Éthiopie. Si les essais sont concluants, ces moustiquaires pourraient offrir une alternative peu coûteuse, durable et complémentaire aux insecticides actuels. Leur effet durerait jusqu’à un an, rendant cette solution idéale pour les zones à haut risque. Il faudra toutefois patienter au moins six ans avant une éventuelle généralisation.
