En 2024, l’Arabie Saoudite a franchi un seuil sans précédent en exécutant plus de 100 étrangers, un chiffre qui témoigne d’une intensification des peines capitales dans le royaume. Ce record, annoncé après l’exécution d’un ressortissant yéménite pour trafic de drogue, attire une attention accrue sur les pratiques judiciaires saoudiennes et suscite des inquiétudes internationales.
Un nombre d’exécutions jamais atteint
Le royaume saoudien a déjà procédé à 101 exécutions d’étrangers cette année, soit près du triple des chiffres enregistrés en 2023 et 2022, où 34 étrangers avaient été exécutés chaque année. Selon un rapport de l’Organisation euro-saoudienne pour les droits de l’homme (ESOHR), basée à Berlin, ce total constitue un record historique. Les chiffres globaux des exécutions, toutes nationalités confondues, ont également atteint des sommets. Avec 274 exécutions recensées à ce jour en 2024, le royaume dépasse les records des années précédentes, notamment 196 exécutions en 2022 et 192 en 1995. Ce rythme soutenu, observé depuis la levée en 2022 du moratoire sur les exécutions pour des crimes liés à la drogue, reflète un durcissement notable dans l’application de la peine de mort.
Parmi les exécutés cette année, les étrangers représentent une part importante. Les Pakistanais (21), Yéménites (20), Syriens (14), Nigérians (10) et Égyptiens (9) figurent en tête des nationalités concernées, suivis de Jordaniens, Éthiopiens, Soudanais et autres. Ces chiffres illustrent la vulnérabilité des étrangers face au système judiciaire saoudien. Selon l’ESOHR, ces accusés font face à des obstacles majeurs, tels que des difficultés d’accès aux documents judiciaires et un droit à la défense souvent compromis. Ils sont fréquemment pris pour cible dans des affaires de drogue orchestrées par de grands réseaux criminels, ce qui aggrave leur exposition à des procès inéquitables. Ces lacunes, combinées à un cadre juridique rigide, augmentent considérablement leur risque d’exécution.
Le retour des exécutions pour crimes liés à la drogue
L’augmentation des exécutions est étroitement liée à la reprise, en 2022, des peines capitales pour les crimes liés à la drogue après un moratoire de trois ans. Sur les 274 exécutions recensées cette année, 92 concernent des affaires de drogue, dont 69 impliquant des étrangers. Ce changement de politique reflète une volonté du royaume de renforcer la dissuasion contre ce type de délit.
Cependant, cette intensification des peines pour des infractions non-violentes, telles que le trafic de drogue, soulève des critiques internationales. Des organisations de défense des droits de l’homme, comme Amnesty International, dénoncent l’absence de garanties pour un procès équitable et l’utilisation disproportionnée de la peine de mort dans un contexte où des alternatives pourraient être envisagées.
