Fatima Ezzahra El Mansouri ouvre les consultations pour former le prochain gouvernement marocain après la victoire du PAM aux législatives du 23 septembre. Première femme appelée à diriger l’exécutif du Royaume, elle hérite toutefois d’un succès sans majorité absolue et d’un scrutin marqué par une abstention massive.
Fatima Ezzahra El Mansouri doit construire une majorité
Avec 97 sièges sur 395, le Parti Authenticité et Modernité (PAM) est officiellement arrivé en tête. Il devance le Rassemblement National des Indépendants (RNI), qui compte 66 élus, l’Istiqlal avec 65 sièges et le Parti de la Justice et du Développement (PJD), crédité de 54 députés.
Cette victoire ne permet donc pas au PAM de gouverner seul. Une majorité nécessite au moins 198 sièges à la Chambre des représentants.
Nommée cheffe du gouvernement le 29 septembre par le roi Mohammed VI, Fatima Ezzahra El Mansouri a commencé dès le lendemain ses consultations avec les différentes formations politiques. Elle a notamment rencontré le RNI et l’Istiqlal, mais aussi le Mouvement populaire, l’USFP et le PPS. Aucun accord définitif de coalition n’était encore annoncé au 1er octobre.
La dirigeante du PAM a indiqué ne vouloir fixer « aucune ligne rouge » dans les négociations. Le PJD de l’ancien chef du gouvernement Abdelilah Benkirane a toutefois annoncé son choix de rester dans l’opposition.
Le PAM doit éviter une coalition réduite aux postes
Sur le papier, la solution la plus simple serait de réunir le PAM, le RNI et l’Istiqlal. Ces trois formations disposeraient ensemble de 228 sièges, largement au-dessus de la majorité absolue.
Mais cette formule poserait une autre difficulté. Le RNI et l’Istiqlal appartenaient à la majorité précédente. Leur maintien au pouvoir pourrait ainsi donner l’image d’une alternance limitée, alors que les électeurs ont profondément modifié le rapport de force entre les partis.
Fatima Ezzahra El Mansouri devra donc trouver un équilibre entre stabilité parlementaire et cohérence politique. Une coalition très large faciliterait le vote des textes, mais risquerait aussi de diluer les responsabilités et le programme du PAM.
L’enjeu ne consiste ainsi pas seulement à additionner des sièges. Le nouveau gouvernement devra expliquer ce qui le distingue du précédent exécutif et quelles priorités communes justifient son alliance.
Fatima Ezzahra El Mansouri face au message de l’abstention
Le principal avertissement des législatives vient peut-être moins des résultats des partis que des électeurs restés chez eux. Le taux de participation national n’a atteint que 38,08 %, selon les chiffres annoncés par le ministère de l’Intérieur.
Cette faible mobilisation complique la lecture de la victoire du PAM. Le parti devient la première force de la Chambre, mais il devra désormais convaincre bien au-delà de son électorat.
Les attentes sociales restent élevées. Le chômage des jeunes avoisine 37 %, tandis que les questions d’emploi, de pouvoir d’achat et de qualité des services publics ont pesé sur la campagne. Le prochain gouvernement devra également gérer les importants investissements liés à la Coupe du monde 2030, coorganisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal.
Le risque serait que ces grands projets apparaissent déconnectés des préoccupations quotidiennes d’une partie de la population.
Le PAM joue désormais sa crédibilité dans l’exercice du pouvoir
L’arrivée de Fatima Ezzahra El Mansouri constitue déjà un tournant historique. À 50 ans, l’ancienne ministre et maire de Marrakech devient la première femme nommée à la tête du gouvernement marocain.
Mais le symbole ne suffira pas. Le PAM doit désormais transformer ses 97 sièges en capacité d’action, tout en préservant une identité politique au sein d’une coalition nécessairement plurielle.
Le véritable test commencera donc après la constitution du gouvernement. Emploi, services publics, pouvoir d’achat et préparation du Mondial 2030 fourniront rapidement des critères concrets pour juger l’exécutif.
Après avoir gagné les élections, le PAM doit surtout démontrer qu’il peut donner un contenu politique à cette victoire. Pour Fatima Ezzahra El Mansouri, la difficulté n’est plus d’arriver au pouvoir, mais de convaincre que celui-ci peut produire un changement suffisamment visible pour ramener une partie des abstentionnistes vers les urnes.
