En dépit des sanctions imposées par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) après le coup d’État survenu au Niger en juillet, un oléoduc majeur de près de 2 000 km a été inauguré pour acheminer le brut des gisements de pétrole du Sud-Est du Niger jusqu’au Bénin voisin. Cette infrastructure est cruciale pour le Niger, qui aspire à exporter son pétrole sur le marché international. Cependant, cette inauguration a été entourée de controverses, notamment en raison du contexte politique tendu dans la région.
Le nouvel oléoduc du Niger : un espoir économique
La télévision d’État du Niger a annoncé récemment la mise en service d’un oléoduc géant, long de près de 2 000 km, qui relie les gisements de pétrole du Sud-Est du pays au port de Sèmè au Bénin voisin. L’objectif principal de cette infrastructure est de permettre au Niger d’exporter son pétrole brut sur le marché international, générant ainsi des revenus essentiels pour le développement du pays.
Le Premier ministre du Niger, Ali Mahaman Lamine Zeine, a présidé la cérémonie d’inauguration de cet oléoduc et a souligné que les ressources provenant de l’exploitation pétrolière seront exclusivement utilisées pour assurer la souveraineté et le développement du Niger, avec un partage équitable des bénéfices pour les populations. Le coût total du projet s’élève à six milliards de dollars, dont 4 milliards ont été investis dans le développement des champs pétroliers de l’Agadem et 2,3 milliards dans la construction de l’oléoduc.
Controverses et contexte politique tendu
Cette inauguration intervient dans un contexte politique tendu, marqué par les sanctions de la Cedeao imposées au Niger après le coup d’État de juillet qui a renversé le président Mohamed Bazoum. Les sanctions comprennent notamment la fermeture des frontières entre le Niger et le Bénin, deux pays voisins qui devaient collaborer pour faire fonctionner cet oléoduc.
L’absence remarquable de représentants du Bénin à la cérémonie d’inauguration soulève des questions sur la viabilité immédiate de ce projet commun. Cette situation délicate met en évidence les défis politiques auxquels sont confrontés les deux pays et les enjeux géopolitiques liés à cette nouvelle infrastructure.
La mise en service de l’oléoduc au Niger est une étape cruciale pour le pays, qui cherche à diversifier son économie et à tirer profit de ses ressources pétrolières. La production pétrolière actuelle du Niger s’élève à environ 110 000 barils par jour, mais les autorités nigériennes ont des ambitions plus élevées. Elles visent à augmenter la production à 200 000 barils par jour d’ici 2026, ce qui devrait représenter une part significative du PIB du pays et des recettes fiscales.
Cependant, l’inauguration de cet oléoduc suscite des préoccupations et des critiques. Certains observateurs estiment que cette inauguration est prématurée et que les autorités gagneraient en honnêteté en parlant plutôt du « lancement de la phase 2 du bloc d’Agadem pour l’exportation du pétrole brut ». Cette deuxième phase du projet devrait permettre à terme l’exportation du pétrole nigérien vers le marché international via le Bénin voisin.
De plus, l’absence de représentants béninois à la cérémonie d’inauguration soulève des interrogations sur la faisabilité du projet dans un contexte de sanctions de la Cedeao. La fermeture des frontières entre les deux pays complique la collaboration nécessaire pour faire fonctionner efficacement cet oléoduc, ce qui pourrait entraîner des retards importants dans sa mise en service réelle.
