Le célèbre chanteur nigérian Burna Boy s’impose désormais comme producteur de cinéma. Son film 3 Cold Dishes, coproduit via sa société Spaceship Films, connaît un démarrage fulgurant : il a engrangé 24,6 millions de nairas (soit environ 15 000 dollars) dès son premier week-end d’exploitation. Ce thriller ambitieux, tourné entre le Nigeria, le Bénin et la Côte d’Ivoire, explore avec intensité les thèmes de la traite des êtres humains, de la vengeance et de la résilience féminine.
Un récit de vengeance et de survie au féminin
Réalisé par le cinéaste nigérian Asurf Oluseyi, déjà connu pour Hakkunde, 3 Cold Dishes suit le destin de trois femmes – Esosa, Fatouma et Giselle – liées par un passé douloureux. 20 ans après avoir survécu à la traite humaine, elles se retrouvent pour se venger de leurs bourreaux. Le film est découpé en trois chapitres, chacun racontant une partie de leur histoire à travers les voix de Mama Janice (interprétée par Amelie Mbaye) et d’un journaliste (Femi Jacobs), un choix narratif qui confère au récit une profondeur émotionnelle rare.
Les parcours des héroïnes symbolisent trois visages du combat féminin. Esosa, enlevée par son oncle, incarne la trahison et la reconstruction ; Fatouma, jeune footballeuse envoyée à Paris sous de faux prétextes, illustre la manipulation et la désillusion ; Giselle, quant à elle, navigue entre mysticisme, famille et quête de justice. Leurs destins croisés mettent en lumière la dure réalité du trafic humain et la difficulté de se libérer d’un passé marqué par la souffrance et la honte. Les interprétations sont à la hauteur du scénario. Ruby Akubueze, dans le rôle d’Esosa jeune, impressionne par sa justesse et son intensité. À ses côtés, Osas Ighodaro, Fat Toure et Maud Guerard incarnent des femmes blessées, mais déterminées. Wale Ojo, dans le rôle de l’oncle Bankole, apporte quant à lui une noirceur glaçante et une puissance dramatique au récit.
Un chef-d’œuvre visuel et sonore pour un cinéma africain en pleine ascension
Tourné en CinemaScope, un format rarement utilisé dans le cinéma africain, 3 Cold Dishes impressionne par la qualité de sa production. D’un budget estimé à un million de dollars, le film témoigne du professionnalisme croissant des productions panafricaines. Les décors transportent le spectateur des ruelles animées de Lagos aux plages ivoiriennes, en passant par les étendues désertiques du Bénin. La mise en scène alterne entre moments d’action intense et séquences introspectives, soulignant la dualité entre violence et émotion.
Les jeux de lumière, notamment lors des scènes nocturnes, confèrent au film une esthétique soignée et cinématographique digne des plus grands thrillers internationaux. La bande originale, dominée par deux titres inédits de Burna Boy, renforce l’atmosphère dramatique et souligne la fusion entre musique et narration. L’artiste parvient à mêler son univers sonore afro-fusion à la tension d’un récit poignant, rendant hommage à la puissance du cinéma africain contemporain.
Au-delà de son esthétique, 3 Cold Dishes aborde des thèmes universels : la mémoire, la liberté, la justice et le prix du pardon. En évoquant la traite humaine, le film rappelle que les blessures de l’exploitation dépassent le cadre individuel pour toucher toute une génération. Il s’impose ainsi comme un film de conscience, à la croisée du divertissement et du témoignage social. Présenté en avant-première mondiale le 3 octobre 2025 au Cineworld de Londres, le film a ouvert le Festival international du film africain de Lagos (AFRIFF) avant de sortir dans 26 pays africains. Des projections sont également prévues en France, aux États-Unis et au Canada, confirmant son statut de production panafricaine majeure.
Avec 3 Cold Dishes, Burna Boy prouve qu’il ne se limite plus à la scène musicale. En explorant le cinéma, il met sa notoriété et son influence au service d’un nouveau récit africain, ambitieux, engagé et universel.
