Dans une intervention pleine de franchise et d’humour, l’artiste béninois Axel Merryl s’est penché sur la scène du Rap Ivoire, ce courant musical ivoirien en pleine ascension. Pour lui, ce qui fait battre le cœur de ce genre, ce ne sont pas seulement les artistes, mais bien les fans, « passionnés, critiques, mais toujours engagés ». Dans un discours empreint de réalisme, il dévoile les rouages d’un univers où l’apparente discorde cache une véritable solidarité. À travers son regard extérieur mais curieux, Axel offre une lecture rafraîchissante et authentique du phénomène.
Le public, le cœur battant du Rap Ivoire selon Axel Merryl
Selon Axel Merryl, « c’est le public qui fait le Rap Ivoire ». Il décrit une ambiance explosive, parfois agressive en apparence, mais qui cache un amour profond pour les artistes. « Tu vas penser qu’il y a de la haine, qu’ils sont haineux. C’est faux, hein. En vrai, ils s’aiment tous », affirme-t-il. Le public joue un rôle central, non seulement dans la promotion, mais aussi dans le spectacle. Insultes en ligne le matin, présence enthousiaste aux concerts le soir : le paradoxe est frappant, mais révélateur d’une relation intense entre fans et rappeurs.
Pour Axel, cette attitude n’est pas contradictoire, mais fait partie du “game”. « Le matin, il va insulter tel artiste sur telle page, le soir, il s’en va à son concert. » Cette dynamique, bien que surprenante, souligne la profondeur de l’engagement du public. Ce sont des passionnés qui vivent la musique comme un sport d’équipe : parfois rude, toujours fidèle. Cette culture du clash n’est pas forcément toxique ; elle participe à l’effervescence du mouvement, à son authenticité et à sa vitalité.
Un esprit communautaire fort et exclusive
Axel Merryl met également en lumière un aspect moins visible mais tout aussi important : la solidarité communautaire autour du Rap Ivoire. Il raconte : « En commentaire, ils sont en train de s’insulter… Il va voir que t’es Béninois et que tu insultes quelqu’un. Il va dire : “C’est entre nous ? Tu n’as rien à dire dedans.” » Cette phrase en dit long sur l’attachement des fans à leur scène, perçue comme une affaire de famille. On peut se critiquer de l’intérieur, mais gare à l’avis d’un étranger.
Cette fermeture protectrice crée une sorte de microcosme culturel, où les tensions font partie du paysage, mais où l’unité reste primordiale. « Ils sont dans leur game, faut les laisser dans leur game. Nous, on regarde de loin et puis voilà », conclut Axel avec humour. Pour lui, cette autonomie culturelle, ce code de l’honneur communautaire, est ce qui fait la singularité du Rap Ivoire. Un mouvement bruyant, intense, mais surtout profondément vivant.
« Ils s’aiment tous », répète Axel Merryl, comme pour rappeler que derrière la façade des réseaux sociaux, il y a une scène vivante, loyale et fièrement autonome. Le Rap Ivoire, c’est un jeu, un « game » certes, mais joué avec passion, par des gens qui y croient.
